Strasbourg, chef-lieu du Grand Est : une coquille vide ? Strasbourg, capitale du Grand Est une fiction ?

Par Pierre Klein. Par une loi adoptée le 16 janvier 2015, la ville de Strasbourg a été consacrée chef-lieu de la Région Grand Est. De toutes les régions de France, seule celle du Grand Est a ainsi vu sa capitale désignée par la loi. Il fallait rassurer la population alsacienne et obtenir l’adhésion des grands élus d’Alsace ou pour le moins leur abstention lors du vote de la création du Grand Est. À Strasbourg donc la préfecture du Grand Est.

Mais où sont donc les sièges des Administrations d’État, des Directions, des Fédérations professionnelles, culturelles et sportives, des Comités, des Chambres, des Cours… Où se tiennent les réunions ?

Strasbourg qui se veut capitale européenne est-elle seulement capitale régionale, avec tout ce que cela implique ? Pas véritablement ! Avant, elle était une véritable capitale régionale, maintenant, non ! Autre question : cet état de fait, qui a, reconnaissons-le, rabaissé la ville, ne nuit-il pas à son image européenne ?

Au vu de la liste ci-dessous, n’est-il pas permis d’affirmer que le chef-lieu est une coquille largement vide et la capitale régionale, largement une fiction, et qu’entre l’ancienne Région Alsace et la nouvelle Région Grand Est Strasbourg n’a pas gagné au change, c’est le moins que l’on puisse dire ?

Liste non exhaustive comportant le nom de l’institution régionale, son siège et/ou le lieu principal de réunion (= Nancy, = Metz, = autres)

Administrations, institutions politiques

Économie

  • Banque Populaire d’Alsace fusionnée avec ses homologues de Lorraine et de Champagne : transfert du siège à Metz
  • Chambre régionale d’agriculture du Grand Est : Châlons-en-Champagne
  • Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire CRESS du Grand Est : Reims
  • Chambre régionale de Métiers et de l’Artisanat du Grand Est : Metz
  • Fédération française du bâtiment du Grand Est : Nancy
  • Fédération régionale des Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole du Grand Est : Laxou  près de Nancy
  • Fédération régionale des MFR du Grand Est (formation par alternance) : Commercy
  • Fédération des jeunes chambres économiques du Grand Est : Malzéville près de Nancy
  • Groupama Nord-Est, Caisse Régionale d’Assurances Mutuelles Agricoles : Reims
  • La Poste du Grand Est : Metz
  • Medef du Grand Est : Maxéville près de Nancy

Éducation, formation, histoire et culture

  • Académie du Grand Est : Nancy
  • Fédération des arts de la rue du Grand Est FAREST : Metz
  • Secrétariat du conservatoire régional des monuments historiques du Grand Est : Châlons-en-Champagne
  • Conseil consultatif de la Culture du Grand Est : Metz
  • Comité d’histoire régionale du Grand Est : Metz
  • Service régional de l’inventaire du Grand Est : Nancy
  • Canopé, Direction Territoriale du Grand Est (anciennement CRDP) : Nancy
  • Fongecif Grand Est : Nancy

Environnement et aménagement du territoire

Santé

  • ARS Agence régionale de santé du Grand Est : Nancy
  • Ordre des infirmiers du Grand Est : Nancy
  • Ordre des vétérinaires du Grand Est : Metz
  • Fédération thermale du Grand Est: Nancy

Solidarité

  • Fédération des acteurs de la solidarité du Grand Est : Maxéville près de Nancy
  • Région EEDF du Grand Est, association laïque de scoutisme français : Metz

Sport

  • Comité régional d’équitation du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Comité régional de Gymnastique  du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Comité régional de cyclisme du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Comité régional du Grand Est de pétanque et jeu provençal : Metz
  • Comité régional Sports pour tous du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Comité régional Tir à l’Arc du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Comité régional ULM du Grand Est : Tomblaine près de Nancy
  • Comité régional de cyclotourisme du Grand Est : Tomblaine près de Nancy
  • Ligue régionale de natation du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Comité régional de randonnées du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Fédération régionale des chasseurs du Grand Est : Châlons-en-Champagne
  • Ligue d’Athlétisme régionale du Grand Est : Tomblaine près de Nancy 
  • Ligue de Football du Grand Est : Champigneulles près de Nancy
  • Ligue des Échecs du Grand Est : Tomblaine près de Nancy
  • Ligue de golf du Grand Est : Tomblaine près de Nancy
  • Ligue du Grand Est de Tennis de table : Tomblaine près de Nancy
  • Ligue du Grand Est de Handball : Tomblaine près de Nancy 
  • Ligue du Grand Est de judo : Tomblaine près de Nancy 
  • Ligue du Grand Est de Badminton : Tomblaine près de Nancy 
  • Ligue du Grand Est de Tennis : Tomblaine près de Nancy 
  • Ligue du Grand Est du Sport automobile : Tomblaine près de Nancy 
  • Ligue régionale du Grand Est de Karaté : Pont à Mousson
  • Ligue régionale Grand Est de Rugby : Tomblaine près de Nancy

Au-delà, un grand nombre d’institutions préalablement purement alsaciennes ont été, tout en restant en Alsace, fusionnées avec des institutions champardennaises ou lorraines. Là aussi, l’Alsace a perdu en autonomie de décision, puisque les décisions y sont désormais partagées avec d’autres, ce qui il faut bien le reconnaître, éloigne la prise de décision de son lieu d’exercice, la soumet à une maîtrise insuffisante des dossiers, voire à de l’indifférence les concernant et créé  de nombreux coûteux, fatigants et démobilisateurs déplacements.

Ainsi en particulier, Alsace Capital est devenu Grand Est Capital basé à Illkirch-Graffenstaden, La CCI Grand Est a remplacé depuis le 1er janvier 2017 les trois anciennes CCI régionales d’Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne avec Strasbourg pour siège. La ville est aussi le siège de la DRAC, de la  DIRECCTE et de l’INSEE Grand Est. La télévision publique régionale France 3 Grand Est est basée à Strasbourg…

Au total, pas seulement Strasbourg, toute l’Alsace sort donc perdante de la réforme.

Une dernière question.  Qu’a donc fait le conseil régional du GE que le conseil régional d’Alsace n’aurait pu faire ? Certes il a fait des choses, que souvent d’ailleurs le conseil régional d’Alsace avait déjà initiées ou lancées, mais pas plus, notamment parce que la réforme ne lui a pas confié véritablement plus de pouvoirs et de moyens. PK

Pierre Klein, président de l’Initiative citoyenne alsacienne (ICA)

klein-pierre0536@orange.fr

ica.2010@orange.fr

www.pierre-klein.fr

www.ica2010.fr




Les classes bilingues paritaires français-allemand en danger ?

Appel à la raison !

On entend de plus en plus fréquemment, de la part de certaines personnes qui se prévalent de leur position, que l’enseignement bilingue français-allemand standard aurait des résultats décevants, notamment en ce qui concerne la sauvegarde des dialectes. Cette opinion correspond à une profonde méconnaissance du processus linguistique qui a abouti à leur régression. Sans entrer dans toutes les dimensions de cette problématique, les signataires du présent texte ne sauraient accepter que l’on remette en question le bien-fondé de la filière bilingue paritaire français-allemand standard, une avancée importante obtenue au début des années 1990, comme le font régulièrement ces mêmes personnes.

La filière bilingue français-allemand standard n’aurait selon leurs dires pas permis de sauver la pratique dialectale. C’est oublier que sa régression a débuté bien avant les années 1990. Ne perdons pas de vue que le discrédit sociopsychologique et éducatif jeté sur l’allemand standard notamment après 1945 est une des causes principales, sinon la principale, qui ont provoqué le lent dépérissement de l’allemand dialectal d’Alsace, de l’alsacien. Une fois que les dialectes ont été coupés de la langue de culture de référence ou langue mère, leur déconstruction, qualitative d’abord et quantitative ensuite, était assurée. La Suisse germanophone, région où standard et dialectes n’ont pas été dissociés, notamment à l’école, nous prouve le contraire, les dialectes y sont plus vivants que jamais. Le standard allemand a pu y jouer de tout temps son rôle de langue de culture de référence à laquelle puisent les dialectes.

On croit comprendre que ce qui les gêne, c’est l’allemand ressenti par eux comme langue étrangère, langue à laquelle les Alsaciens ne s’identifieraient pas. N’est-ce pas oublier le traumatisme subi par les Alsaciens durant la dernière guerre et la période post-traumatique caractérisée par le rejet de tout ce qui de près ou de loin rappelle l’Allemagne, y compris les dialectes allemands d’Alsace ? Si l’Alsace est sortie traumatisée par une mauvaise Allemagne du conflit de 1940-1944/1945 et si le post-traumatisme alsacien s’est caractérisé pendant des décennies par un antigermanisme primaire, de surcroît tourné contre soi-même, cela doit-il perdurer indéfiniment, avec tout ce que cela représente d’abandon et de perte ?  Le temps de la résilience n’est-il pas venu 70 ans plus tard ? Celui du « Werde wer du bist », c’est-à-dire de la mise en œuvre de toutes ses capacités et propriétés, le temps de l’épanouissement, le temps du « fais ce que tu peux faire ».

La vitalité d’un dialecte dépend principalement de l’attitude de ses locuteurs face à sa valeur. En Alsace, dialectes et standard ont partie liée dans l’antigermanisme et en sont communément victimes. Étant entendu que les premiers ont un caractère germanique indiscutable et intégré comme tel par les Alsaciens, la revalorisation passe par celle des deux composantes de la langue régionale simultanément. Et ce n’est pas en parlant, par stratégie d’évitement, de langue alsacienne au sujet des dialectes que l’on règlera le problème. Le réinvestissement de la langue régionale dans ses deux composantes passe par un réinvestissement de la part de germanitude qui compose l’alsacianitude.

La filière bilingue français-allemand standard n’aurait pas permis un investissement affectif de la langue allemande par les élèves, mais le système a-t-il été conçu pour cela par les autorités ? Observons que la vision de l’Éducation nationale reste limitée à un bilinguisme fonctionnel qui de surcroît se contente souvent d’une simple technique de traduction du français vers l’allemand, c’est-à-dire une stratégie d’apprentissage et non une stratégie acquisitionnelle. Si l’on souhaite un investissement affectif de la langue, il faut à la fois mettre en œuvre une acquisition naturelle de la langue et rechercher un bilinguisme culturel basé sur l’histoire et la culture d’Alsace. Peut-on imaginer la langue française dissociée de l’histoire et de la culture de France ? Cette double stratégie, parce qu’elle aboutit à une vraie compétence linguistique et culturelle est seule à même de favoriser un véritable investissement affectif de la langue qui devient non seulement utile, mais procure du plaisir. Cette démarche n’a été que partiellement mise en œuvre par l’Éducation nationale, mais appliquée avec succès par les classes ABCM-Zweisprachigkeit. Acquérir une autre langue, c’est sortir de l’ethnocentrisme et entrer dans une autre histoire et dans une autre culture. Les oblitérer, c’est ne pas rechercher un investissement affectif de la langue ! De plus, combien de fois n’a-t-on entendu des cadres de l’Éducation nationale parler d’allemand langue étrangère ou encore de langue du voisin. En réalité, les enfants ne peuvent opérer un investissement affectif de la langue parce que personne ne leur dit que c’est aussi leur langue.

Lorsque la filière bilingue a été mise en place, avec d’ailleurs du retard sur d’autres régions concernées par les langues régionales, elle répondait à une réelle et forte demande sociale, éducative et politique. Et même si comme toute chose évoluant avec le temps, elle doit connaître des ajustements, il ne saurait être question de jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire d’oublier l’essentiel, c’est-à-dire l’acquis, un capital humain individuel favorisant un capital culturel collectif et inversement.

L’allemand dialectal d’Alsace (alémanique et francique) doit être intégré pleinement dans l’ensemble du système éducatif et culturel alsacien, notamment en option dans la filière bilingue existante ou en LCR (langue et culture régionales). Tout doit être entrepris pour que les dialectes retrouvent leur place dans la société alsacienne, l’allemand standard aussi d’ailleurs, notamment à l’école d’Alsace. Ce qui suppose une action de revalorisation et d’encouragement, et une pratique au quotidien de la part des instances politiques et éducatives.

Si nous voulons que la langue régionale, l’allemand, sous sa forme standard et sous ses formes dialectales, soit intégrée pleinement dans le système scolaire alsacien, nous ne saurions accepter qu’un enseignement bilingue paritaire français-alsacien soit mis en place en remplacement de celui existant, à savoir l’enseignement français-allemand standard. Si les dialectes doivent trouver leur place dans le système scolaire en Alsace, ils ne doivent pas se substituer au standard. Quand il y a des enseignants capables d’enseigner en dialecte alsacien, il faut alors ouvrir cet enseignement en maternelle (bilingue français-allemand dialectal et/ou allemand standard, ou immersif allemand dialectal et/ou allemand standard), en tant qu’option, mais à partir du CP il faut revenir à titre principal à la pédagogie mise en œuvre dans la filière français-allemand standard, comme en Suisse ou au Luxembourg, pays à forte dialectophonie, tout en conservant une place au dialecte à l’oralité. N’opposons pas le dialecte au standard. Ce qui conduit aujourd’hui au déclin de la pratique dialectale, à l’école ou ailleurs, ce n’est pas le standard, mais le quasi-monopole linguistique, culturel et social dont bénéficie la langue française.

L’histoire et la culture nous lèguent la langue allemande. L’avenir nous l’impose.

C’est à ne pas en douter ce que pensaient les politiques, les intellectuels, des syndicats d’enseignants, des associations de parents d’élèves et le mouvement culturel alsacien qui à partir de la deuxième moitié du XXe siècle revendiquaient une place pour la langue allemande dans le système scolaire alsacien et soutenaient les efforts fournis en la matière. Ainsi en a-t-il été notamment du président Pierre Pflimlin, d’Alfred Kastler (prix Nobel), du président Adrien Zeller, d’André Weckmann (écrivain bilingue), d’Eugène Philipps (sociolinguiste), de Germain Muller, de Marcel Rudloff, d’Adrien Finck, de Raymond Matzen, du recteur Deyon, du recteur de Gaudemar,… et de beaucoup d’autres.

Pourquoi ferions-nous ce que ni les Suisses, ni les Autrichiens, ni les Sudtiroliens, ni les Belges de la communauté germanophone et d’autres n’ont fait ? Tous ont opté en faveur de l’ouverture à un grand espace linguistique, de l’appropriation d’une grande culture et de l’intégration sociale et économique que confère la koinè allemande, et non pour l’entre-soi et le repli sur leurs seuls dialectes, renonçant ce faisant à une forme d’isolement et de provincialisme.  La langue allemande nous permet de faire le lien avec notre histoire et notre culture. Elle nous ouvre au monde germanophone (plus de cent millions de locuteurs en Europe) et à une grande culture, à une grande économie aussi. Pourquoi nous amputerions-nous d’un tel capital et de tels avantages ?

L’allemand est alsacien, tout comme l’alsacien, c’est de l’allemand. Dire que l’allemand standard est langue d’Alsace  et de ce fait langue de France, prend une autre dimension que de dire que le berrichon est langue du Berry et donc langue de France. L’allemand standard a une dimension géopolitique. Par ailleurs, un allemand standard vivant et vécu en Alsace confère à la culture bilingue alsacienne une dimension toute particulière. Deux réalités qui constituent une partie du problème de sa non-reconnaissance.

Prenons garde de ne pas reproduire le modèle imposé. Si de nos jours l’allemand apparaît pour beaucoup comme une langue étrangère, si cela crée une gêne et même de l’agressivité que de vouloir le rendre visible et l’utiliser dans l’espace public, nous sommes en présence d’une construction, de quelque chose de voulu, d’une réaction opérée par une insistante action politico-culturelle mise en œuvre en particulier après 1945. N’occultons pas les interdits scolaires, médiatiques et culturels qui ont été prononcés à l’égard du standard. Question. S’il n’est pas d’ici pourquoi donc a-t-il fallu l’interdire ? Être contre l’allemand dans une région, qui tout au long de son histoire, a toujours participé de la « germanophonie », relève d’une profonde manipulation des consciences, dont le résultat le plus efficace est l’auto-aliénation. Aucun peuple abandonne volontairement sa langue première. Les mutations linguistiques sont mises en œuvre par ceux qui organisent la socialisation, notamment à l’école, mais aussi dans les médias. Elles sont le résultat d’une politique, d’une construction.

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, rappelons ce dont des générations d’intellectuels ont rêvé pour l’Alsace, à savoir d’être un trait d’union, un pont entre la France et l’Allemagne et de faire la synthèse des deux grandes cultures européennes, la française et l’allemande. C’est aussi à l’aune de l’Alsace, du devoir historique et culturel qu’elle se doit de remplir et du champ d’expérimentation de l’amitié franco-allemande au quotidien qu’elle se doit de devenir que l’on mesurera la profondeur de sa réconciliation avec elle-même et l’ampleur de l’amitié entre la France et l’Allemagne.

Notes

(1) En 1945, l’allemand est interdit de séjour dans les écoles préélémentaires et élémentaires d’Alsace. Il faudra attendre des décennies pour qu’il y fasse un retour. Le mal était fait.

(2) Si le professeur d’université à Bâle peut utiliser son dialecte dans ses cours, c’est aussi parce qu’il a suivi sa propre formation en standard. Tout ce qui se dit en standard peut aussi se dire en dialecte, même si parfois c’est autrement. En tout cas, c’est un énorme enrichissement pour les dialectes que de pouvoir y puiser, au point d’ailleurs que standard et dialectes se confondent dans la culture de référence. Sur ce terrain-là, il n’y a pas en Suisse de culture haute et de culture basse. Il y a une culture d’expression germanophone, entre autres.

(3) Et celle des tenants d’un pangermanisme qui serait toujours latent et puis l’allemand ne peut être langue régionale, c’est une langue nationale et encore pourquoi aurait-on besoin de l’allemand comme langue écrite, on a donc le français pour cela. Le ressenti n’est-il pas une post-vérité « Postfaktisch », qui se fonde davantage sur l’émotion et la subjectivité que sur la réalité et l’objectivité. Ressenti, ok, mais comment se construit le ressenti ? N’est-il pas trop souvent le résultat d’une construction, le fruit d’une manipulation ?

(4) L’acquisition naturelle consiste à ne pas traduire, mais à utiliser la langue comme moyen de communication dans les relations enfantines, puis scolaires, ce qui permet aux « mécanismes naturels d’acquisition » d’opérer, c’est-à-dire que les enfants « acquièrent » la langue au lieu de l’apprendre.  

(5) Enquête ISERCO de 1989 : 90 % des Alsaciens se déclarent favorables à un enseignement de l’allemand, dont 82 % tout à fait favorables. Le même sondage révélait qu’une très grande majorité se dégageait pour l’emploi des dialectes à l’école maternelle, l’emploi de formulaires administratifs bilingues français-allemand…

(6) « L’allemand présente, du point de vue éducatif, la triple vertu d’être à la fois l’expression écrite de la langue de référence des dialectes régionaux, la langue des pays les plus voisins et une grande langue de diffusion européenne. Enseigner l’allemand à l’école primaire en Alsace participe ainsi d’une triple entreprise : soutien de la langue et de la culture régionales, enseignement précoce des langues vivantes et initiation à une culture européenne et internationale. » De Gaudemar Jean-Paul. Programme à moyen terme de l’allemand à l’école. Circulaire rectorale du 20 septembre 1991. In Le programme Langue et culture régionales en Alsace. Textes de référence 1991-1996, p. 45.

(7) Les deux Conseils généraux adressaient en 1991 une déclaration commune au ministre de l’Éducation nationale dans laquelle ils : « réaffirment leur attachement à la sauvegarde et au développement du bilinguisme en Alsace; estiment indispensable et urgent de stimuler et de développer l’enseignement de l’allemand, langue régionale dans sa forme écrite, ainsi que le dialecte ».  La question linguistique alsacienne, PK, Salde, Strasbourg, 1998.

(8) Rappelons que l’apport alsacien à la langue et à la littérature allemande est de première importance : le premier poème (830), la première charte (1251), la première chronique (1362),  la première bible imprimée (1466), la première messe (1524), le premier roman (1557), le premier journal (1609)… de langue allemande sont alsaciens.

Les premiers signataires

  • Atzenhoffer Jean-Philippe, membre de l’ICA et du CPA, docteur en économie
  • Boudot-Wolf Christophe, secrétaire de l’ICA
  • Chaudeur Marc, membre du comité de Culture et bilinguisme d’Alsace et de Moselle
  • Elchinger Christophe, vice-président de l’ICA
  • Enderlein Évelyne, membre de la commission linguistique du Conseil Culturel d’ Alsace.
  • Foessel Cyril, membre de la FAB
  • Froehlicher Claude, président d’Eltern Alsace, association membre de la FAB et du Conseil Culturel d’Alsace
  • Goetschy Bernard, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Goulet Vincent, président de Grenz’up, association membre de la FAB
  • Hell Patrick, coordinateur de Schick Süd Elsàss, Culture et Bilinguisme, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Howiller Alain, journaliste, éditorialiste
  • Huber Christian, administrateur de la page Facebook Alsace bilingue
  • Huber Christine, vice-présidente de l’ICA
  • Kintz Patrick, vice-président de l’ICA
  • Klein Pierre, président de l’Initiative citoyenne alsacienne (ICA), président de la fédération Alsace bilingue, membre du bureau du Conseil culturel d’Alsace
  • Klotz Olivier, membre du conseil culturel d’Alsace, ancien membre du conseil d’administration d’ABCM-Zweisprachigkeit
  • Leguil Aurélie, représentante de l’APEPA au Conseil académique de la langue régionale
  • Loth Thierry, président de l’APEPA association membre de la FAB et du conseil culturel d’Alsace
  • Lux Pascale, vice-présidente d’ABCM-Zweisprachigkeit
  • Martineau Céline, vice-présidente de l’APEPA, déléguée du Haut-Rhin
  • Meyer Pierre Peter, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Morgenthaler Rémy, président de Heimetsproch un Tràdition, association membre de la FAB et du conseil culturel d’Alsace
  • Muringer Daniel, artiste musicien, syndicaliste, membre de Culture et Bilinguisme, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Niedermeyer Jean-Michel, professeur en ABIBAC, responsable associatif, membre d’ICA
  • Oster Louis, président du Cercle Richard Wagner pour le Rayonnement de l’Art lyrique en Alsace, membre du Conseil Culturel d’Alsace
  • Peter Armand, éditeur
  • Peter Jean, président d’OMA, association membre de la FAB
  • Reibel Jacques,
  • Reppel Norbert, secrétaire de Heimetsproch un Tradition, association membre de la FAB et du Conseil culturel d’Alsace.
  • Rieger Serge, Liedermàcher président de Horich de Storich, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Sarbacher Karine, présidente d’ABCM-Zweisprachigkeit, association membre de la FAB, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Schleef Jacques, secrétaire général du CPA
  • Schmitt-Troxler Evelyne, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Troestler Étienne, directeur du FEC, membre de la FAB, membre du conseil culturel d’Alsace
  • Vonfelt Émilie, vice-présidente de l’ICA
  • Weiss François, docteur en linguistique, membre de l’ICA, membre du conseil culturel d’Alsace, docteur honoris causa de l’université d’Athènes
  • Woehrling Jean-Marie, président de Culture et bilinguisme d’Alsace et de Moselle, association membre de la FAB et du conseil culturel d’Alsace
  • Zeter Jean-Daniel, président du Club perspectives alsaciennes (CPA), association membre de la FAB

Les suivants (au début nous voulions en rester à ces premiers signataires, finalement nous avons décidé d’ouvrir l’appel à un large public et le proposons à votre signature, soit sur https://chn.ge/2L1WPUO ou à l’adresse ica.2010@orange.fr en indiquant : je signe l’appel à la raison et autorise à en faire publiquement état)

  • Anstett Roland,
  • Straumann Eric, député
  • Bouvier Jean-Pierre, ingénieur A et M,
  • Baumann René, professeur  honoraire de la Faculté de Médecine, membre de l’ICA
  • Fabian Antoine, vice-président du LRAM
  • Higi Paul, agrégé d’Histoire ancien Directeur de l’Education et de la Formation du Conseil Régional d’Alsace
  • Buchmann Andrée, adjointe à la maire de Schiltigheim en charge des Domaines, du Patrimoine et du Rayonnement International
  • Igersheim François, professeur honoraire d’histoire de l’Alsace (Université de Strasbourg)
  • Federmann Georges Yoram, psychiatre gymnopédiste
  • Brumbt François, musicien, Liedermacher
  • Liliane Tetsi,
  • Stirnweiss Bernard, ancien président de la CCI Alsace
  • Sorg Jean-Paul, philosophe
  • Plasseraud Yves, président du groupement pour le droit des minorités (GDM)
  • Sieffert Raymond, membre du CA de Culture et Bilinguisme – René Schickele Gesellschaft, membre du Comité SCHICK’ Sud Elsàss – Culture et Bilinguisme
  • Scherb Henri, président d’honneur de Heimetsproch un Tràdition
  • Devriendt Jean, Enseignant, Dr en Théologie, Chercheur associé à l’Université de Lorraine
  • Gaendner Roland,
  • Stehly Ralph, professeur émérite de l’université de Strasbourg
  • Linder Théo, vétérinaire, conseiller d’entreprise retraité  
  • Kopf Gabriel,
  • Hoepfner Jean-Paul, président d’association
  • Hasselmann Pierre, ingénieur à la retraite
  • Gerges Catherine, parent d’élève en classe bilingue
  • Gerst-Mehn Jean-Claude, citoyen alsacien
  • Engel Roland, Liedermacher
  • Schaller Raymond, médecin retraité
  • Schnell Frantz, membre d’UL
  • Kohler Francis, ancien cadre de la fonction territoriale
  • Roeck Thomas, ancien trésorier ABCM Saverne
  • D’Andlau-Hombourg Christian, comte
  • Furst Jean, membre ICA, chef d’entreprise retraité, ancien animateur socio-culturel
  • Dolivet Jean,
  • Feuerbach Michel, avocat
  • Callé Philippe,
  • Beyer Antoine, ancien élève du Lycée franco-allemand (Freiburg i. Br), enseignant-chercheur, Université de Cergy-Pontoise.
  • Richter Jean-François, ancien adjoint au directeur régional Alsace de l’ANPE
  • Phillips Jean-Yves,
  • Kohler Jean-Robert, ancien directeur de l’enseignement catholique d’Alsace
  • Eiller Robert, ancien directeur de l’école normale de Sélestat
  • Loustau Pascal,
  • Schneider Brigitte, membre de l’ICA
  • Boetzlé Carmen,
  • Grandis Gabriel,

  • Normand Anne,
  • Morber Jean-Marie, chef d’entreprise, fondateur de l’association Liederbrunne
  • Schmitt André, adjoint au maire de Wingen
  • Schaffhauser Jean-Luc,
  • Risacher Louis, chef de vente Allemagne (filiale Allemande) à Wesseling, vice-président de la Fédération Française des Echecs
  • Vecker Jacques,
  • Hug Marc, professeur de linguistique à la retraite
  • Immele-Elkann Bernadette, professeure agrégée d’allemand
  • Keppi Hélène, fondatrice de la crèche bilingue  Petit Prince -Kleiner Prinz (F-D)
  • Dubler Albert, architecte, ancien président de l’union internationale des architecte
  • Simon Jean-Paul, maître ébéniste, référent national du Brevet de Maîtrise, jury national aux Olympiades des Métiers.
  • Bourgun Jean-Marie, avocat, ancien intervenant en alsacien à l’ école maternelle d Ostwald
  • Elsass Philippe, ingénieur. des Mines de Paris, doct. ing. en géologie, ancien directeur du Service Géologique Régional d’Alsace, ancien président de Ritte Ritte Ross, association pour le bilinguisme à Rosheim
  • Class Martin,
  • Perraut Alfred, conseiller municipal de Hindisheim
  • Deybach Antoine, retraité, ancien directeur de maison de retraite, membre d’associations citoyennes et écologiques.
  • Rozzi Pascal, responsable bénévol
  • Hamm Richard, adjoint au maire d’Illkirch-Graffenstaden
  • Mura Albert, éducateur retraité, correspondant du journal « L’Alsace », président de l’ensemble musical des Joyeux Vignerons de Thann
  • Hirth Lucien, directeur territorial retraité
  • Venker Karl,
  • Kehren Marie-Jeanne,
  • Gasser Claude, président des juges consulaires de Mulhouse
  • Gresser Rémy, vigneron
  • Muller Marc,
  • Muller Jacques, ingénieur, parent d’enfant plurilingues grâce aux classes bilingues
  • Richter Jean-Pierre, ingénieur
  • Fruchier Bernard, professeur de philosophe à la retraite
  • Langenfeld Pierre, gérant de société
  • Smith-Memheld Christiane, formatrice en langues
  • Lorentz Michel, maire de Roeschwoog
  • Batt Marie-Thérèse, créatrice du site franco-allemand à parité horaire à l’Institut de l’Assomption (Etablissement privé)
  • Bauer Guy,
  • Garnier Pat, ancien directeur du musée national de l’automobile de Mulhouse
  • Reutenauer Jonathan, étudiant
  • Adam Marcel, Liedermacher
  • Mori Bernard, vice-président de l’AMROF « Amis de la Maison rurale de L’Outre- Forêt » à Kutzenhausen
  • Fischer Françoise,
  • Klein André, ancien directeur général des services du Département du Haut-Rhin, puis de la Région Alsace
  • Bitsch Pascal, responsable associatif
  • Loew Eddy,
  • Walter Pierre, président de l’Association des Auteurs et Artistes d’Alsace
  • Bentz Michel, professeur agrégé d’anglais
  • Burckel Joseph,
  • Thirion François, président honoraire du Cercle de Recherche Historique de Ribeauvillé
  • Paulus Pierre-Alain, général de Gendarmerie (2ème Section)
  • Werck Jean-Claude,
  • Kleinschmidt Jean, enseignant retraité
  • Gradoux Nathalie, mère de deux enfants en filière bilingue
  • Mattoug Michel Ph.,
  • Keller Jean-Pierre,
  • Poinsignon Hélène,
  • Wurtz Gérard, président d’Honneur de l’Eures-T Oberrhein/ Rhin Supérieur, ancien Secrétaire Régional du SGEN CFDT
  • Keller Daniel, ancien président de S »Elsass in d’Schuel association des professeurs de langues et cultures régionales d’Alsace
  • Uhlrich Jean-Georges, enseignant retraité
  • Deiber Bernard,
  • Husser Jean-Marie, chirurgien des hôpitaux retraité,
  • Dietsch Léon, Président de Culture et Bilinguisme de Lorraine
  • Dreyer Rudy,
  • Seitz Madeleine,
  • Kindbeiter Jean-Marie, cadre supérieur à la retraite
  • Simler Gérard, membre de l’ICA, du CPA et de Unser Land. médecin généraliste
  • Julien-Saint-Amand Luc, avocat associé, docteur en droit européen , conseiller technique de la chambre de commerce d’Alsace pour les relations franco-allemandes, conseiller du commerce extérieur de la France, Alsace Grand-Est, responsable attractivité et relations franco-allemandes
  • Baade JP,
  • Schnell Marie-leine,

  • Bauer Marlyse, enseignante en classe bilingue « partie française » à la retraite

  • Klein Julianne, docteur vétérinaire

  • Burtscher Alain, pédiatre

  • Geiger Jean-Michel,
  • Cardonne Gérard, écrivain
  • Witz Jean-Claude,
  • Weber Jean-Jacques, président honoraire du Conseil général 68,député honoraire, ancien maire de Sausheim, ancien conseiller général de Saint-Amarin
  • Morhard Jeanine,
  • Parmentier Elisabeth, professeur des universités Strasbourg et Genève
  • Merckling Claire, professeur d’allemand à la retraite
  • Matelot René,
  • Jacky Bruno, chef d’entreprise
  • Birgel Pascal,
  • Hubschwerlin André, ancien cadre du bâtiment
  • Pascal-Prêtre Gérard, retraité de la fonction publique territoriale
  • Anfray Estelle, citoyenne engagée, membre de l’ICA
  • Faber Lucien, géomètre-expert DPLG retraité
  • Nibel Jean, adjoint au maire honoraire
  • Hamm Jean, professeur d’anglais, parent d’enfants scolarisés en filière bilingue
  • Simon Sophie, docteur en droit international, spécialiste du droit des minorités
  • Heiligenstein Alphonse,
  • Bernhardt Georges, ancien conseiller municipal
  • Beck Gilbert, Kiné-ostéopathe
  • Schellenbaum Joseph, responsable associatif
  • List Erwin, musicien
  • Klein Jacques Paul, ambassador,  membre de l’Académie d’Alsace, Sous-Secrétaire Général des Nations Unies (ret.), Général de Division de l’Armée de l’Air (ret.)
  • Laurent-Naldini, traductrice littéraire, écrivain
  • Lallemand Amandine, psychologue

D’autres signataires vont se rajouter.




Les intervenants aux réunions cantonales

Public : quelque 2000 personnes sont venues à nos réunions

Les réunions cantonales

  1. Sélestat, le 2/9/2017
  2. Huningue, le 19/1/2018
  3. Thann, le 2/2/2018
  4. Obernai, le 22/2/2018
  5. Altkirch, le 2/3/2018
  6. Strasbourg, le 3/3/2018
  7. Munster, le 7/3/2018
  8. Molsheim, le 23/3/2018
  9. Gerstheim, 27/3/2018
  10. Saverne, le 29/3/2018
  11. Roeschwoog, le 3/4/2018
  12. Mutzig, le 5/4/2018
  13. Riedisheim, le 6/4/2018
  14. Schirmeck, le 12/4/2018
  15. Haguenau, le 16/4/2018
  16. Illkirch, le 17/4/2018
  17. Lembach, le 18/4/2018
  18. Drusenheim, le 24/4/2018
  19. Bergheim, le 25/4/2018
  20. Kaysersberg-Sigolsheim, le 30/4/2018
  21. Sarre-Union, le 4/5/2018
  22. Kingersheim, le 7/5/2018
  23. Brumath, le 9/5/2018
  24. Wissembourg, le 11/5/2018
  25. Houssen, le 14/5/2018
  26. Illzach, le 17/5/2018
  27. Landser, le 18/5/2018
  28. Lautenbach-Zell, le 4/6/2018
  29. Sélestat, le 8/6/2018

 

Les experts ou personnalités qualifiées (37)

Mme Christine Huber, médecin

Mme Émilie Vonfelt, vice-présidente de l’ICA

Mme Estelle Anfray, citoyenne engagée

Mme Nadia Hoog, membre d’UL

Mme Stéphanie Villemin, référente LaREM 68

  1. André Walgenwitz, président du cercle Saint-Thiébaut
  2. Antoine Beyer, docteur en géographie
  3. Antoine Fabian, vice-président du CA du RLAM
  4. Christian Huber, pédiatre
  5. Christophe Elchinger, inspecteur des finances publiques
  6. Daniel Hoeffel, ancien ministre, vice-président du Sénat honoraire
  7. Daniel Hoeltzel (chants et poésie)
  8. David Duss, membre d’UL
  9. Donat Meyer, professeur
  10. Ernest Winstein, président d’Alsace région d’Europe
  11. François Weiss, docteur en linguistique 
  12. Jacques Schleef, président du CPA
  13. Jean Lachmann, ancien magistrat financier
  14. Jean Peter, président d’une association de parents d’élèves
  15. Jean-Daniel Zeter, président du CPA
  16. Jean-François Mattler, membre d’UL
  17. Jean-Georges Trouillet, porte-parole d’UL 
  18. Jean-Marie Lorber, membre d’UL
  19. Jean-Marie Woehrling, président de Culture et Bilinguisme
  20. Jean-Paul Sorg, philosophe
  21. Jean-Philippe Atzenhoffer, docteur en sciences économiques et gestion 
  22. Jean-Pierre Berg, ancien haut fonctionnaire de l’UE 
  23. Laurent Roth, membre d’UL
  24. Martin Meyer, membre d’UL
  25. Michel Ronc, ancien cadre dirigeant
  26. Olivier Klotz, président du Medef Alsace
  27. Patrick Guérin, historien
  28. Pierre Kretz, écrivain
  29. Rémy Maire, philosophe
  30. Rémy Morgenthaler, président de Heimetsproch un Tradition
  31. Robert Hertzog, professeur émérite de droit public 
  32. Serge Rieger, Liedermacher

Les grands élus (61)

Mme Alfonsa Alfano, conseillère départementale

Mme Annick Luttenbacher, maire de Fellering, conseillère départementale

Mme Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin 

Mme Chantal Jeanpert, conseillère départementale

Mme Émilie Helderlé, vice-présidente du conseil départemental du Haut-Rhin

Mme Isabelle Dollinger, vice-présidente du Conseil départemental du Bas-Rhin

Mme Josiane Mehlen-Vetter, vice-présidente du conseil départemental du Haut-Rhin

Mme Laurence Muller-Bronn, maire de Gerstheim, vice-présidente du Conseil départemental du Bas-Rhin

Mme Nadine Holderith-Weiss, conseillère départementale

Mme Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère départementale

Mme Nicole Thomas, conseillère départementale

Mme Pascale Schmidiger, conseillère départementale

Mme Patricia Bohn, conseillère départementale

  1. Etienne Wolf, maire de Brumath, vice-président du conseil départemental du Bas-Rhin
  2. Alain Grappe, vice-président du conseil départemental du Haut-Rhin
  3. André Reichardt, sénateur
  4. Antoine Herth, député,
  5. Bernard Fischer, maire d’Obernai, 1er vice-président du conseil départemental du Bas-Rhin
  6. Bruno Fuchs, député 
  7. Charles Schlosser, maire de Lembach
  8. Christian Klinger, maire de Houssen
  9. Claude Kern, sénateur
  10. Daniel Adrian, maire de Landser, conseiller départemental
  11. Daniel Eckenspieler, maire d’Illzach
  12. Denis Hommel, conseiller départemental
  13. Éric Straumann, député 
  14. Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin 
  15. Frédéric Reiss, député
  16. Hubert Nemett, maire de Riedisheim
  17. Jacky Keller, maire de Drusenheim
  18. Jacques Cattin, député
  19. Jean-Luc Schickele, maire de Mutzig
  20. Jean-Marc Deichtmann, maire de Huningue
  21. Jean-Michel Weber, maire de Molsheim
  22. Jean-Yves Simon, adjoint au maire de Riedisheim
  23. Jo Spiegel, maire de Kingersheim
  24. Laurent Bertrand, maire de Schirmeck
  25. Laurent Furst, député 
  26. Marc Munck, conseiller départemental
  27. Marc Séné, maire de Sarre-Union et conseiller départemental du Bas-Rhin
  28. Marcel Bauer, maire de Sélestat, vice-président du conseil départemental du Bas-Rhin
  29. Matthieu Boeckler, adjoint au maire de Lautenbach-Zell
  30. Max Delmond, conseiller départemental
  31. Michel Lorentz, maire de Roeschwoog
  32. Nicolas Jander, maire d’Altkirch et conseiller départemental
  33. Olivier Becht, député
  34. Pascal Lohr, maire de Kaysersberg-Vignoble
  35. Patricia Schillinger, sénatrice
  36. Patrick Hetzel, député
  37. Patrick Striby, conseiller municipal En Marche de Huningue
  38. Paul Heintz, conseiller départemental
  39. Philippe Meyer, conseiller départemental
  40. Pierre Bihl, maire de Bergheim et vice-président du conseil départemental du Haut-Rhin
  41. Raphaël Schellenberger, député
  42. Rémi Bertrand, vice-président du conseil départemental du Bas-Rhin
  43. Roland Ries, maire de Strasbourg
  44. Sylvain Waserman, député
  45. Thierry Carbiener, conseiller départemental
  46. Vincent Thiébaut, député 
  47. Yves Sublon, maire d’Eschau, conseiller départemental

 

Ne sont pas intervenus, bien que sollicités :

Les députés : Michels Thierry, Studer Bruno, Wonner Martine, Reitzer Jean-Luc

Les sénateurs : Jacques Bigot, René Danesi, Guy-Dominique Kennel, Jean-Marie Bockel, Catherine Troendlé, Fabienne Keller

Aucun CD de gauche

Les Adjoints au maire de Strasbourg : Alain Fontanel, Olivier Bitz




Communiqué de la fédération Alsace bilingue du 18 juin 2018

Au sujet de la convention opérationnelle portant sur la politique régionale plurilingue dans le système éducatif en Alsace en cours de négociation et du débat au sujet de l’avenir institutionnel de l’Alsace, en particulier du rapport que le préfet Marx doit rendre très prochainement.

Forte de ses dix-huit associations membres et des quelque 6000 personnes qu’elles fédèrent, la fédération Alsace bilingue tient à rappeler à l’occasion d’une part de la prochaine ratification de la convention opérationnelle portant sur la politique régionale plurilingue dans le système éducatif en Alsace et d’autre part du débat sur l’avenir institutionnel de l’Alsace qui bat son plein, débat qui intègre largement la dimension linguistique, qu’elle tient :

  • à l’enseignement bilingue paritaire français-allemand (standard), deux langues enseignées et d’enseignement, tel qu’il se développe en Alsace depuis les années 1990,
  • à ce que cet enseignement respecte les principes de précocité (début à 3 ans), d’intensité (au minimum 50 % de l’horaire hebdomadaire pour la langue seconde), de continuité (de la petite section de la maternelle au lycée), d’un maître-une langue, si possible d’un native speaker, de valorisation et d’interculturalité, et continue à se développer pour passer de 16 % à 50 % dans les dix ans à venir,
  • à ce que l’on passe d’une politique de la demande, à une politique de l’offre d’enseignement bilingue,
  • à ce que l’on expérimente, favorise et encourage l’enseignement immersif en langue seconde en classes maternelles, mais toujours le choix doit être laissé aux parents (standard ou dialecte ou les deux) et toute initiative allant dans ce sens doit être soutenue,
  • à ce que l’allemand dialectal d’Alsace (alémanique et francique) soit intégré pleinement dans l’ensemble du système éducatif alsacien, notamment en option dans la filière bilingue existante ou en LCR (Langue et Culture régionales). Tout doit être entrepris pour que les dialectes retrouvent leur place dans la société alsacienne, l’allemand standard aussi d’ailleurs, notamment à l’école d’Alsace. Ce qui suppose une action de revalorisation et d’encouragement, et une pratique au quotidien de la part des instances politiques et éducatives.

Si nous voulons que la langue régionale, l’allemand, sous sa forme standard et sous ses formes dialectales, soit intégrée pleinement, nous ne saurions accepter qu’un enseignement bilingue paritaire français-alsacien soit mis en place en remplacement de celui existant, à savoir le français-allemand (standard). Si les dialectes doivent trouver leur place dans le système scolaire en Alsace, ils ne doivent pas se substituer au standard. Quand il y a des enseignants capables d’enseigner en dialecte alsacien, il faut alors ouvrir cette possibilité en maternelle (bilingue français-alsacien ou bilingue français-alsacien et allemand ou immersif), en tant qu’option, mais à partir du CP il faut revenir à la pédagogie mise en œuvre dans la filière français-allemand (cf. principes), comme en Suisse ou au Luxembourg, pays à forte dialectophonie, tout en conservant, si possible, une place au dialecte à l’oralité.

Pour mettre en œuvre ces orientations, le cadre institutionnel et réglementaire doit être réformé. L’ensemble des mouvements et des personnalités qui ont participé au débat sur l’avenir institutionnel de l’Alsace ont d’ailleurs appelé, quelles que soient les solutions proposées par ailleurs, à un renforcement de l’enseignement des langues en Alsace, à commencer par l’enseignement de la langue régionale, afin que l’Alsace redevienne un territoire bilingue. Cet objectif exige une plus grande décentralisation des compétences en matière d’enseignement et la mise en œuvre d’une organisation différenciée sur le plan de l’Alsace en matière de formation et de recrutement des enseignants.

Notre organisation fait des propositions concrètes à cet égard. En particulier, nous préconisons la création par la loi, dans le cadre d’une « expérimentation », au niveau de l’Alsace, d’une « Haute Autorité décentralisée » spécialement dédiée à l’enseignement de la langue régionale et disposant de l’ensemble des pouvoirs nécessaires pour planifier le développement de l’enseignement, organiser la formation, assurer le recrutement, développer les outils, décider de l’ouverture des sites et de l’affectation des enseignants, assurer le contrôle.

Pour aller plus loin. La fédération, après concertation avec les associations membres, a rédigé un projet global pour une politique linguistique et culturelle en Alsace. Ce projet intitulé Contribution de la fédération à l’élaboration de la nouvelle convention opérationnelle portant sur la politique régionale plurilingue dans le  système éducatif en Alsace peut être consulté sur son site www.federation-alsace-bilingue.org

La fédération entend que cette contribution soit largement prise en compte s’agissant des compétences de la nouvelle collectivité alsacienne à naître.

Pierre Klein, président

president.fab-vze@orange.fr

www.federation-alsace-bilingue.org

klein-pierre0536@orange.fr

 

Définition de la langue et de la culture régionales par la fédération Alsace bilingue

« Au sens des associations membres, la langue régionale est l’allemand, à la fois sous la forme des dialectes alémaniques et franciques de la région et sous la forme de l’allemand standard.

La culture régionale est culture en Alsace. Elle trouve notamment son expression en français,  en allemand standard ou en allemand dialectal. Elle est culture bilingue constituée des cultures française, allemande et proprement alsacienne. Elle est à la fois une et diverse.

En effet, si l’on veut bien considérer que l’allemand est alsacien, comme l’alsacien est allemand, alors non seulement Weckmann est culturellement Alsacien, mais aussi Goethe qui tient ici compagnie à Molière et à Voltaire. Ce faisant, la culture alsacienne ainsi considérée ouvre aux univers culturels français et allemand, et pas qu’à eux. En même temps, elle en vit et y contribue.

La culture est à la base de l’unité de l’Alsace, en même temps que son originalité la plus tangible. Elle se caractérise essentiellement par son intensité, sa profondeur et sa pluralité. Cette dernière trouve ses origines dans les apports successifs qui, aujourd’hui, se confondent de bien des façons pour former la culture alsacienne. Aussi, l’Alsace peut-elle être décrite comme une terre d’échange et de synthèse. Les choses cependant, n’ont pas été et ne sont pas toujours simples. Les ruptures et les affrontements politiques et nationalistes, l’érosion actuelle de pans entiers de la culture alsacienne et la perte de repères qui l’accompagne ne sont pas sans créer des interrogations, des doutes et des malaises. » Extraits des Statuts




Réunions publiques sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

Par Pierre Klein. De septembre 2017 à juin 2018, l’initiative citoyenne alsacienne (ICA) organisait, accompagnée de Culture et bilinguisme, du CPA et d’Alsace région d’Europe, une série de conférences à travers les cantons d’Alsace sur l’avenir institutionnel et politique de l’Alsace. Ces réunions avaient essentiellement pour but : de permettre un débat démocratique entre élus, personnalités qualifiées et citoyens, d’entendre dans un esprit non polémique les différents points de vue et d’essayer de trouver un consensus. Elles avaient toutes le même format : parole aux élus (député de la circonscription, les conseillers départementaux du canton, le ou la maire de la commune d’accueil) (1), parole aux experts, parole au public.

Au total, 29 réunions ont été tenues. Elles ont permis de toucher quelques 2000 personnes. Outre le public, y sont intervenus 61 grands élus (députés, sénateurs, conseillers départementaux et maires), ainsi que 37 personnalités qualifiées.

Deux questionnements majeurs ont constitué la matrice des interventions et des débats tout au long des réunions, à savoir qu’a donc fait le conseil régional du Grand Est que le conseil régional d’Alsace n’aurait pu faire et pourquoi avons-nous besoin d’une institution politique propre ?

Certes, le conseil régional du Grand Est a fait des choses, mais guère plus que le conseil régional d’Alsace aurait pu faire, notamment parce que la réforme ne lui a pas confié véritablement plus de pouvoirs et de moyens. Et les économies d’échelle dont le Grand Est se vante auraient très bien pu être obtenues dans le cadre de coopérations interrégionales, de syndicats interrégionaux. Si nous avons besoin d’une institution politique propre, c’est parce l’Alsace se caractérise par un certain nombre de particularismes qui justement doivent être institué.

Une attitude constante des uns et des autres. Il s’agit de mettre à profit le débat actuel sur l’avenir institutionnel et politique de l’Alsace pour régler des problèmes récurrents et développer les potentialités. Il faut que l’Alsace dispose de compétences supplémentaires à celles des conseils départementaux et à celles d’un conseil régional, notamment en matière de bilinguisme et biculturalisme, d’économie, de tourisme, d’attractivité, de transports, de formation professionnelle, d’écologie,  de « transfrontalité », et de médias… Il a été dit et répété que le transfrontalier était l’ADN de l’Alsace, que sa première identité était géographique et que c’était de sa situation dans le Rhin supérieur, au cœur de l’Europe que découlaient la plupart des particularismes alsaciens. Et de déplorer que la France n’avait jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire. L’Alsace a besoin d’une greffe de Rhin disait un intervenant !

Un constat. Si en septembre 2017 un consensus était apparu au niveau d’une majorité des grands élus alsaciens pour que l’Alsace retrouve une institution politique propre (2), en juin 2018, guère de progrès n’étaient perceptibles quant à la méthode et quant à l’objectif.

Ainsi, d’aucuns prônent-ils aujourd’hui le statu quo (3), d’autres une simple entente interdépartementale (simple coopération), d’autres une fusion simple ou sèche des deux départements (4), d’autres encore la création d’une collectivité à statut particulier (fusion + compétences transférées par l’État et le Grand Est, mais dans le Grand Est), d’autres enfin la sortie immédiate du Grand Est. De plus, celles et ceux qui ne sont pas dans le statu quo ne font pas vraiment l’effort d’aller au fond des propositions présentées et restent donc dans le vague, tactique électorale ? C’est moins vrai pour le projet des deux conseils départementaux (5). De leur côté, les députés Waserman, Becht et Fuchs ont également mis chacun leur projet sur la table.

Un élément nouveau. Le gouvernement nous prépare-t-il une petite révolution girondine au travers de son projet d’inscrire le droit à la différenciation dans la Constitution, une rupture avec le modèle de la République une et indivisible, toujours inscrit dans la loi fondamentale, un modèle qui se veut d’unir les « mêmes » et non les « différents ».

Quoi qu’il en soit, ne faisons pas la fine bouche. L’Alsace aurait beaucoup à attendre de l’élargissement démocratique qu’apporterait le droit à la différenciation. Elle se doit de s’insérer dans le mouvement qui se dessine et d’y prendre sa part. Elle se doit de saisir l’opportunité pour faire valoir ses particularités-potentialités et ses propositions (6).

Mais une grande frustration demeure. En effet, nous sommes toujours dans l’attente d’un projet politique global pour l’Alsace adopté et porté par l’ensemble de la classe politique, condition sine qua non pour que le gouvernement prenne la chose au sérieux. Cette classe politique attend-elle que le gouvernement lui fasse une proposition ? L’unité de conception et d’action n’est toujours pas trouvée. Et le peuple des électeurs reste sur sa faim et sur sa demande d’être partie prenante (7).

Notes :

(1) Ne sont pas intervenus, bien que sollicités : les députés : Michels Thierry, Studer Bruno, Wonner Martine, Reitzer Jean-Luc, les sénateurs : Jacques Bigot, René Danesi, Guy-Dominique Kennel, Jean-Marie Bockel, Catherine Troendlé, Fabienne Keller, aucun CD de gauche et les adjoints au maire de Strasbourg Alain Fontanel et Olivier Bitz.

(2) Pour être précis, il s’agissait de députés (LR et LaREM) présents ou représentés à la réunion de Sélestat du 2 septembre 2017 et des deux présidents de conseil départemental.

(3) Il s’agit essentiellement d’élus régionaux au conseil régional du Grand Est, d’élus de gauche.

(4) Il s’agit essentiellement d’élus de gauche de Strasbourg ou de l’Eurométropole, d’élus régionaux, du président du Grand Est Jean Rottner, du président de l’Eurométropole Robert Herrmann, du maire de Strasbourg qui cependant consent quelques compétences supplémentaires à celles d’un simple département.

(5) Les deux conseils départementaux apparaissent aux yeux de beaucoup comme étant les fers de lance du combat, en même temps que les députés et sénateurs qui sont intervenus au cours des réunions cantonales.

(6) Devrait ainsi à notre sens être obtenu un droit à la différenciation pour ce qui concerne le domaine de la langue et de la culture régionales, par exemple une Haute Autorité dédiée à leur enseignement, le droit local, le régime local d’assurance maladie…

(7) Que les erreurs de 2013 ne soient pas renouvelées, savoir notamment que les élus ont fait leur cuisine dans leur coin et proposé un mécano institutionnel que personne n’a compris parce que personne n’a été associé à la chose. La politique n’est-elle pas chose bien trop sérieuse pour ne la laisser qu’aux seuls politiques. Les citoyennes et les citoyens d’Alsace sont en attente de démocratie participative, par notamment la mise en place d’un système organisé qui garantit que toutes les idées constructives et nouvelles des citoyens soient examinées de manière efficace.




Pétition en faveur de la publication du rapport Marx

Monsieur le Premier Ministre, nous, citoyens d’Alsace, signataires de la présente pétition, vous prions de bien vouloir rendre public le rapport sur l’avenir institutionnel de l’Alsace que le préfet de la Région Grand Est vient de vous adresser. Il n’y a pas, selon nous, en la matière d’intérêt supérieur ou de sauvegarde de l’État à faire prévaloir au besoin de clarté, de délibération et de participation revendiquées par les citoyens dans une démocratie moderne. Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de nos salutations respectueuses.

Lien pour signer : https://chn.ge/2IKmC25




Et si le Conseil de l’Europe intervenait dans le débat institutionnel alsacien : une lettre ouverte d’Émilie Vonfelt

Madame la Présidente,

Le 17 janvier 2007, la France ratifiait la Charte européenne de l’autonomie locale. L’article 5 de cette Charte, relatif à la protection des limites territoriales des collectivités locales, stipule que « pour toute modification des limites territoriales locales, les collectivités locales concernées doivent être consultées préalablement, éventuellement par voie de référendum là où la loi le permet. »

En France, la loi relative à la délimitation des régions, aux élections régionales, et modifiant le calendrier électoral, a été promulguée le 16 janvier 2015. Elle a procédé au redécoupage des régions françaises en en diminuant le nombre, passant ainsi de 22 à 13 régions métropolitaines. L’Alsace a ainsi été fusionnée avec la Champagne-Ardenne et la Lorraine.

Plusieurs associations et partis politiques alsaciens et mosellans, ainsi que l’ancien Ministre Daniel Hoeffel et le juriste Robert Hertzog, ont introduit une requête devant le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative française, afin de demander la suspension de la loi du 16 janvier 2015 en arguant celle-ci violait manifestement l’article 5 de la Charte précitée. En effet, les collectivités locales n’ont jamais été consultées. De plus, de nombreuses manifestations ont eu lieu afin de protester contre cette réforme. Des pétitions ont également été signées, dont une qui a recensé plus de 117 000 signatures. Le 27 octobre 2015, le Conseil d’État concluait au rejet de la requête.

Ayant fait l’objet d’une saisine, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux concluait le 22 mars 2016 à la violation par la France de l’article 5 de ladite Charte. Le Congrès n’ayant pas de pouvoir de sanction, seule une recommandation avait été adressée à la France : celle de « revoir le processus de consultation des représentants directs des collectivités locales et régionales ».

La France a ainsi délibérément violé cette Charte, méprisant un traité international. Quel signal a t-elle donné au peuple français et à l’Europe tout entière ? Si aucune sanction n’a été prononcée à son égard, notre pays se doit de réparer ce qui a été illégalement fait. La France doit respecter ses régions, ses identités diverses, ses cultures multiples. C’est ce à quoi elle s’était engagée en ratifiant cette Charte.
La France doit reconnaître qu’elle a mal fait. Car il en va du respect des droits constituant le socle européen de l’autonomie locale. Car il en va du respect de ses engagements. Car il en va du respect de l’Europe.

L’Alsace est, au même titre que la Bretagne ou la Corse, une région identitaire de France. Elle n’a pas à en rougir. Elle doit en être fière. Car ce sont ses régions et ses cultures qui font la richesse de la France. Plus encore que les autres territoires français, l’histoire a marqué l’Alsace. Le peuple alsacien a changé quatre fois de nationalité. L’Alsace a souffert, mais l’Alsace s’est toujours relevée.
Aujourd’hui encore, l’Alsace a été attaquée. Notre région a été rayée d’un simple coup de crayon de la carte administrative française. Les Alsaciens sont en colère et sont plus de 83 % à souhaiter que l’Alsace retrouve un statut de collectivité territoriale, mécontents de ce mariage forcé, de cette négation de leur identité.

Aujourd’hui, je vous serais reconnaissante d’apporter officiellement votre soutien au projet de Collectivité territoriale d’Alsace porté par les Présidents des départements du Haut-Rhin, Madame Klinkert et du Bas-Rhin M. Bierry, ainsi que par une très forte majorité d’Alsaciens. Ce projet vise à redonner une existence politique à l’Alsace.

Par votre soutien, vous contribuerez à réaffirmer l’autorité de l’Europe et son rôle de veiller au respect des traités européens, ainsi que l’importance pour les États signataires de respecter leurs engagements.
Vous trouverez en pièces jointes, le sondage réalisé auprès des Alsaciens confirmant leur souhait de retour à une collectivité d’Alsace ainsi que le document relatif au projet de Collectivité territoriale d’Alsace.

Comptant sur votre soutien, veuillez agréer, Madame la Présidente, mes salutations respectueuses.

Émilie Vonfelt




Communiqué Fédération Alsace bilingue du 11 mai 2018

Dans le cadre de la réforme constitutionnelle à venir qui devrait introduire le droit à la différenciation dans la loi fondamentale, l’Alsace ne devrait être en reste. Elle se doit de s’insérer dans le mouvement qui se dessine et d’y prendre sa part. Elle se doit de saisir l’opportunité pour faire valoir ses particularités-potentialités et ses propositions. Elle se doit de demander un droit à la différenciation pour elle-même et de le faire inscrire dans la Constitution. La classe politique alsacienne semble vouloir saisir l’occasion pour faire appliquer ce droit à la différenciation au droit local alsacien-mosellan afin de lui permettre d’évoluer et de s’adapter aux évolutions de la société alsacienne-mosellane et de le sortir de la « figitude » dans laquelle il se trouve.

Mais il est un autre domaine dans lequel l’Alsace devrait obtenir un droit à la différenciation. Celui de la langue et de la culture régionales. Il s’agirait d’obtenir une véritable cogestion entre l’État et son Ministère de l’Éducation nationale, et les Collectivités alsaciennes dans le cadre d’une Haute-Autorité dédiée à l’enseignement de la langue et de la culture régionales pour tout ce qui touche à la formation et au recrutement des enseignants, au contenu des champs pédagogiques, à l’élaboration des outils pédagogiques et au suivi de ces actions. L’État et les Collectivités alsaciennes seraient représentés dans cette Haute-Autorité, mais également les associations de parents d’élèves alsaciennes et la fédération Alsace bilingue.

Le gouvernement nous prépare-t-il une petite révolution girondine au travers de son projet d’inscrire le droit à la différenciation dans la Constitution, une rupture avec le modèle de la République une et indivisible, toujours inscrit dans la loi fondamentale, un modèle qui se veut d’unir les « mêmes » et non les « différents ».

Le droit à la différence, c’est une notion philosophique qui relève du droit naturel. C’est le droit d’être différent, un droit pour chacun, individu ou collectivité. Le droit à la différence est donc un droit à l’égalité. Il n’implique pas la différence des droits. Dans une globalité donnée chaque particularité doit avoir les mêmes droits de vivre sa différence, tout en partageant ce qui est, ce qui doit être commun à toutes les particularités, c’est-à-dire le vivre ensemble.

La logique de la différence nécessite de la positiver dans le droit. La logique du droit nécessite d’accorder les mêmes droits à tous. Si le droit à la différence de l’un commence là où commence celui de l’autre, le droit à la différence de l’un s’arrête là où commence la nécessaire prise en compte de l’autre, là où commence l’union de tous. Dans cette mesure, le droit à la différence est un droit à l’altérité.

Le droit à la différenciation, c’est l’inscription du droit à la différence dans le droit. Le droit à la différence, c’est une notion philosophique qui relève du droit naturel. C’est le droit d’être différent, un droit pour chacun, individu ou collectivité. Le droit à la différence est donc un droit à l’égalité.

Le droit à la différenciation, c’est une notion politique qui relève du droit positif. C’est le droit de gérer la différence, sa différence. Jusqu’à présent, il existait le droit à l’expérimentation, c’est-à-dire la possibilité de déroger à la règle commune à condition que l’expérimentation puisse être généralisée au bout de deux ans. Concernant le droit à la différenciation, il serait durable. Et, s’il existe déjà pour les collectivités ultramarines, il serait applicable aux collectivités de l’hexagone.

Le temps est-il véritablement venu pour le pouvoir de substituer le droit à la différence à l’obligation de l’uniformité, de renoncer au républicanisme jacobin qui a largement créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque, au profit d’une nouvelle gouvernance et d’un renouvellement démocratique fondé sur l’acceptation de la pluralité et de la multipolarité ?

Voudra-t-on enfin considérer que la (re)légitimation de l’État et son efficacité résultent en premier du partage du pouvoir, de son rapprochement de ceux qui le subissent et de la participation que ce partage génère. Voudra-t-on enfin ne plus sous-estimer la permanence du besoin de solidarité et d’appartenance de proximité dont la satisfaction est garante de lien social. Voudra-t-on enfin inclure le fait régional en conférant aux régions un véritable pouvoir et en établissant une réelle responsabilité-solidarité dans la vie de la nation en vertu du principe de subsidiarité. Ces dernières devraient alors se voir reconnaître de nouvelles et réelles compétences leur permettant de définir et de gérer par elles-mêmes leurs besoins et intérêts propres, tout en étant, cela va de soi, unis avec le reste de la nation sur l’essentiel à savoir la primauté des principes universels de droit, de justice, de liberté et de solidarité. Tous unis, tous divers, tous unis dans la diversité !

Quoi qu’il en soit, ne faisons pas la fine bouche.




Du droit à la différence au droit à la différenciation : une mini-révolution en préparation ?

Par Pierre Klein. Le gouvernement nous prépare-t-il une petite révolution girondine au travers de son projet d’inscrire le droit à la différenciation dans la constitution, une rupture avec le modèle de la République une et indivisible, toujours inscrit dans la loi fondamentale, un modèle qui se veut d’unir les « mêmes » et non les « différents ».

Le droit à la différence, c’est une notion philosophique qui relève du droit naturel. C’est le droit d’être différent, un droit pour chacun, individu ou collectivité. Le droit à la différence est donc un droit à l’égalité. Il n’implique pas la différence des droits. Dans une globalité donnée chaque particularité doit avoir les mêmes droits de vivre sa différence, tout en partageant ce qui est, ce qui doit être commun à toutes les particularités, c’est-à-dire le vivre ensemble.

La logique de la différence nécessite de la positiver dans le droit. La logique du droit nécessite d’accorder les mêmes droits à tous. Si le droit à la différence de l’un commence là où commence celui de l’autre, le droit à la différence de l’un s’arrête là où commence la nécessaire prise en compte de l’autre, là où commence l’union de tous. Dans cette mesure, le droit à la différence est un droit à l’altérité.

Le droit à la différenciation, c’est l’inscription du droit à la différence dans le droit. Le droit à la différence, c’est une notion philosophique qui relève du droit naturel. C’est le droit d’être différent, un droit pour chacun, individu ou collectivité. Le droit à la différence est donc un droit à l’égalité.

Le droit à la différenciation, c’est une notion politique qui relève du droit positif. C’est le droit de gérer la différence, sa différence. Jusqu’à présent, il existait le droit à l’expérimentation, c’est-à-dire la possibilité de déroger à la règle commune à condition que l’expérimentation puisse être généralisée au bout de deux ans. Concernant le droit à la différenciation, il serait durable. Et, s’il existe déjà pour les collectivités ultramarines, il serait applicable aux collectivités de l’hexagone.

Le temps est-il véritablement venu pour le pouvoir de substituer le droit à la différence à l’obligation de l’uniformité, de renoncer au républicanisme jacobin qui a largement créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque, au profit d’une nouvelle gouvernance et d’un renouvellement démocratique fondé sur l’acceptation de la pluralité et de la multipolarité ?

Voudra-t-on enfin considérer que la (re)légitimation de l’État et son efficacité résultent en premier du partage du pouvoir, de son rapprochement de ceux qui le subissent et de la participation que ce partage génère. Voudra-t-on enfin ne plus sous-estimer la permanence du besoin de solidarité et d’appartenance de proximité dont la satisfaction est garante de lien social. Voudra-t-on enfin inclure le fait régional en conférant aux régions un véritable pouvoir et en établissant une réelle responsabilité-solidarité dans la vie de la nation en vertu du principe de subsidiarité. Ces dernières devraient alors se voir reconnaître de nouvelles et réelles compétences leur permettant de définir et de gérer par elles-mêmes leurs besoins et intérêts propres, tout en étant, cela va de soi, unis avec le reste de la nation sur l’essentiel à savoir la primauté des principes universels de droit, de justice, de liberté et de solidarité. Tous unis, tous divers, tous unis dans la diversité !

Quoi qu’il en soit, ne faisons pas la fine bouche. L’Alsace aurait beaucoup à attendre de l’élargissement démocratique qu’apporterait le droit à la différenciation. Elle se doit de s’insérer dans le mouvement qui se dessine et d’y prendre sa part. Elle se doit de saisir l’opportunité pour faire valoir ses particularités-potentialités et ses propositions. Elle se doit de demander un droit à la différenciation pour elle-même et de le faire inscrire dans la Constitution.




Sur la politique régionale plurilingue dans le système éducatif en Alsace

Fédération Alsace bilingue – Verband zweisprachiges Elsass

Colmar, 22 mars 2018

Contribution de la fédération à l’élaboration de la nouvelle convention opérationnelle portant sur la politique régionale plurilingue dans le système éducatif en Alsace

Des grands principes

Forte de ses seize associations membres et des quelque 6000 personnes qu’elles fédèrent, la fédération Alsace bilingue tient à rappeler à l’occasion de l’élaboration de la nouvelle convention opérationnelle qu’elle tient :

  • à l’enseignement bilingue paritaire français-allemand (standard), deux langues enseignées et d’enseignement, tel qu’il se développe en Alsace depuis les années 1990,
  • à ce que cet enseignement respecte les principes de précocité (début à 3 ans), d’intensité (au minimum 50 % de l’horaire hebdomadaire pour la langue seconde), de continuité (de la petite section de la maternelle au lycée), d’un maître-une langue, si possible d’un native speaker, de valorisation et d’interculturalité, et continue à se développer pour passer de 16 % à 50 % dans les dix ans à venir,
  • à ce que l’on passe d’une politique de la demande, à une politique de l’offre d’enseignement bilingue,
  • à ce que l’on expérimente, favorise et encourage l’enseignement immersif en langue seconde en classes maternelles, mais toujours le choix doit être laissé aux parents (standard ou dialecte ou les deux) et toute initiative allant dans ce sens doit être soutenue,
  • à ce que l’allemand dialectal d’Alsace (alémanique et francique) soit intégré pleinement dans l’ensemble du système éducatif alsacien, notamment en option dans la filière bilingue existante ou en LCR (Langue et Culture Régionale). Tout doit être entrepris pour que les dialectes retrouvent leur place dans la société alsacienne, l’allemand standard aussi d’ailleurs, notamment à l’école d’Alsace. Ce qui suppose une action de revalorisation et d’encouragement, et une pratique au quotidien de la part des instances politiques et éducatives.

Si nous voulons que la langue régionale, l’allemand, sous sa forme standard et sous ses formes dialectales, soit intégrée pleinement, nous ne saurions accepter qu’un enseignement bilingue paritaire français-alsacien soit mis en place en remplacement de celui existant, à savoir le français-allemand (standard). Si les dialectes doivent trouver leur place dans le système scolaire en Alsace, ils ne doivent pas se substituer au standard. Quand il y a des enseignants capables d’enseigner en dialecte alsacien, il faut alors ouvrir cette possibilité en maternelle (bilingue français-alsacien ou bilingue français-alsacien et allemand ou immersif), en tant qu’option, mais à partir du CP il faut revenir à la pédagogie mise en œuvre dans la filière français-allemand (cf. principes ci-dessus), comme en Suisse ou au Luxembourg, pays à forte dialectophonie, tout en conservant, si possible, une place au dialecte à l’oralité de l’ordre de 10 %.

À proximité de la frontière, il s’agit d’obtenir la mise en place d’un statut d’écoles « transfrontalières » caractérisées par un échange de service d’enseignants français et allemands : les enseignants français assurent la moitié de leur service dans des écoles allemandes voisines et inversement pour les enseignants allemands. De la sorte, la moitié du temps scolaire est réalisé dans ces écoles transfrontalières dans la langue du voisin. L’engagement de l’éducation nationale consisterait à proposer cette formule au côté allemand. Les collectivités territoriales participeraient aux frais de transport des enseignants. Les enseignants allemands continueraient à être payés par l’Allemagne et les enseignants français par la France.

Concernant la mise en valeur des ressources dialectales, il s’agit d’obtenir :

  • que l’éducation nationale prenne l’engagement de réaliser une enquête sur les personnels enseignants qui s’estiment maîtriser le dialecte et qui seraient volontaires pour l’utiliser dans le cadre scolaire,
  • la création d’un service d’évaluation et de formation à l’enseignement dialectophone : les enseignants volontaires y seraient évalués et pourraient recevoir une formation complémentaire pour l’utilisation du dialecte (qualité des connaissances dialectales ; didactique). L’éducation nationale s’engagerait à participer à la gestion de ce service et à offrir les dispenses de service nécessaires aux enseignants intéressés. Les collectivités territoriales contribueraient au financement du service,
  • un recensement des personnels dialectophones parmi les 7000 instituteurs et 2500 assistantes maternelles de l’Académie de Strasbourg. 

La convention doit aussi avoir le souci de l’amélioration de l’environnement des classes bilingues :

  • affichage bilingue dans les écoles bilingues,
  • mise en œuvre systématique d’activités périscolaires en langue régionale dans les écoles bilingues ; les collectivités territoriales s’engageraient à fournir de telles activités,
  • contact systématique avec les théâtres alsaciens et leurs écoles,
  • amélioration de l’accueil de personnes extérieures à l’établissement scolaire qui peuvent assurer une animation en dialecte,
  • fourniture de documentation allemande dans les écoles bilingues (CDI etc.),
  • mise à disposition de revues, livres scolaires, DVD, etc.,
  • obligation pour chaque école bilingue de développer un partenariat avec une école germanophone,
  • fourniture dans les écoles bilingues d’information sur les séjours de vacances possibles pour les enfants dans les pays germanophones ; le cas échéant adaptation du calendrier scolaire pour faciliter ces séjours,
  • inscription du projet bilingue dans tous les projets d’établissement des écoles bilingues,
  • organisation de cours d’allemand pour les parents non germanophones qui le souhaitent afin qu’ils puissent comprendre et suivre le travail de leurs enfants.
  • Il s’agit aussi que la convention propose durant la durée de son application l’ouverture d’au moins 10 sites immersifs.

La convention doit aussi exiger la mise au point d’une « organisation » indépendante d’évaluation du système d’enseignement dans la langue régionale (capacité des enseignants, niveau des élèves, outils pédagogiques, environnement, etc.). Cette « organisation » serait appelée à faire des propositions d’amélioration.

Concernant le suivi et mise en œuvre de la convention, il s’agit d’obtenir

  • la création d’une instance de médiation et de « recours » pour toutes les personnes qui rencontrent des difficultés dans la création et le fonctionnement d’un site bilingue,
  • que le suivi de la convention soit confié à une structure unique, disposant de toutes les compétences nécessaires, et étant directement responsable,
  • une meilleure intégration des associations des parents d’élèves et de la fédération Alsace bilingue dans le suivi de la convention.

Par ailleurs, une nouvelle instruction sur le dialecte à l’école doit intervenir. Il subsiste de nombreuses difficultés quand des enseignants ou des interlocuteurs extérieurs veulent utiliser le dialecte à l’école. Une circulaire rectorale doit clairement autoriser et même encourager l’utilisation du dialecte à l’oral.

Enfin, la fédération Alsace bilingue demande que la nouvelle convention fasse expressément référence dans sa dénomination à « l’allemand – langue régionale ». Appelons un chat un chat !

Du corps enseignant

Pour ce qui concerne les enseignants, on constate un manque significatif d’enseignants présentant les compétences requises, ce qui freine le développement de l’enseignement bilingue paritaire et rend souvent fictif l’enseignement extensif de 3 heures.

Nous faisons valoir que si cette situation comporte de nombreuses causes et implique des interventions à de multiples niveaux, une des difficultés tient au fait que l’offre de formation proposée par l’université n’est pas suffisamment appropriée. Nous proposons donc aux universités d’Alsace de rechercher quels aménagements pourraient être envisagés sur le plan de l’université pour apporter une contribution à l’amélioration de cette situation.
Nous proposons notamment de concevoir une formation spécifique pour les futurs enseignants en langue allemande dans les classes bilingues, débutant dès la 1re année d’université, et faisant une place à la formation à l’enseignement de diverses disciplines en allemand. Cela ne saurait se faire sans une bonne communication et sans une incitation, notamment financière.

Ainsi, concernant le recours aux enseignants allemands, il s’agit pour les négociateurs d’obtenir des autorités académiques :

  • la reconnaissance des diplômes allemands (c’est une obligation du droit de l’Union Européenne) et par conséquent l’emploi de ces enseignants doit se faire dans des conditions juridiques et financières équivalentes aux enseignants français (au minimum un contrat à durée indéterminée avec une rémunération au moins équivalente aux enseignants français),
  • le recrutement à partir du mois de juillet des enseignants allemands et l’organisation d’une formation spécifique durant les mois de juillet et août pour les préparer au caractère spécifique de l’enseignement en langue régionale en Alsace,
  • un programme de recrutement dans les Länder de l’Est de l’Allemagne (ou il y a encore des demandes d’emploi) avec une offre d’emploi pluriannuelle garantie et des facilités d’installation en Alsace. Les collectivités territoriales pourraient prendre en charge le financement de l’organisme allemand qui sera chargé de la recherche de candidats potentiels.

Concernant l’orientation et la formation d’étudiants vers le professorat en langue régionale, il s’agit d’obtenir :

  • la mise au point d’une offre spécifique de contrat à l’intention des étudiants de 1ere année ou de 2e année d’université,
  • qu’ils reçoivent une bourse et une garantie d’être engagés en Alsace, en contrepartie d’un engagement comportant les éléments suivants : l’obligation de suivre une formation renforcée en allemand ; outre les enseignements fléchés qu’ils seront tenus de suivre à l’université, ils seront également obligés de suivre les cours dans un « centre de formation complémentaire » dans lesquels, ils recevront les formations manquantes à l’université (par exemple l’enseignement des maths en allemand) ; l’obligation en cas de réussite aux concours de servir dans des classes bilingues au moins 10 ans. Le ministère devra accorder une dérogation aux règles d’affectation nationale durant la durée de l’engagement et l’académie devra contribuer à la gestion de centre de formation spécial,
  • la création d’une bourse spécifique pour les étudiants qui partent à l’étranger pour une formation d’enseignement en allemand,
  • le renforcement de la prime attribuée aux enseignants en allemand.

Concernant les enseignants en place, il s’agit d’obtenir que ceux qui veulent se perfectionner en allemand (ou dialecte) doivent pouvoir obtenir un détachement d’un à deux ans dans des structures de formation d’enseignants en Allemagne, Suisse ou Autriche. À la fin du détachement, ils ont l’obligation de servir dans une classe bilingue pour au moins 5 ans.

De la place de l’histoire et de la culture d’Alsace à l’école d’Alsace

Pour un ancrage régional de l’enseignement de l’histoire

L’enseignement de l’histoire doit s’ouvrir à la dimension culturelle, régionale/transfrontalière. Il s’agit notamment de prendre en compte la diversité des vécus de l’histoire qui permettent à toutes les mémoires occultées de s’inscrire dans une perspective régionale et transfrontière. Certes, l’académie de Strasbourg ne peut pas modifier les programmes nationaux, mais elle a la possibilité de les ajuster aux spécificités régionales, comme elle l’a fait par exemple dans des manuels récents d’histoire. Cet « aménagement des programmes », qui n’a jamais fait l’objet d’un travail d’ensemble, doit à présent être mené à terme, puis appliqué.

Langue et culture régionales (LCR)

L’option LCR (enseignement de l’histoire et de la culture régionales), organisée dans les collèges et les lycées ne touchait qu’un nombre limité d’élèves (environ 5000 élèves la suivent, 1200 la présente au bac). L’option en tant que telle a été supprimée. Il y a lieu de recréer un champ propre à cet enseignement et de le généraliser à l’ensemble de la population scolaire d’Alsace. La généralisation d’un tel enseignement à tous les élèves fréquentant l’école d’Alsace permettrait de contribuer fortement à la (re)-construction d’une identité alsacienne ouverte et plurielle. Cet enseignement doit être réalisé pour et à tous les niveaux de la scolarité. Il existe à cet égard un véritable trésor au CANOPE (CRDP) constitué par l’opération « Vivre en Alsace » (années 70 et 80), il devra être remis à jour et diffusé. Beaucoup d’autres documents y sont d’ores et déjà à disposition (trop souvent inutilisés, car souvent non didactisés ou non connus). Une formation initiale et/ou continue devra préparer le corps enseignant à cet enseignement.

Il ne fait pas de doute que l’enseignement à toute la population scolaire de l’histoire et de la culture, tel que celles-ci se sont construites et se construisent encore en Alsace, serait plus que profitable à ceux qui le reçoivent. En premier lieu, il apporterait sa contribution à un renforcement de l’identité culturelle propre, et donc à une meilleure approche de la différence culturelle. La perception des différentes cultures nécessite une conscience positive de soi-même. La reconnaissance obtenue, qui génère l’estime et le respect de soi, est un préalable à la reconnaissance de l’autre ainsi qu’à l’estime et au respect de l’autre. Qui ne connaît pas ce qui lui est propre ne peut pas reconnaître l’altérité et encore moins l’apprécier. Il importe que chacun puisse s’insérer au mieux dans les paysages culturels de son environnement, que soit créé du lien social et garanti ainsi le vivre ensemble.

De la gouvernance

En règle générale. Les progrès des enseignements régionaux se heurtent aujourd’hui à de nombreuses difficultés. Et l’Alsace est à la traîne en matière d’enseignement bilingue. Par exemple, 40% des enfants sont en classes bilingues au Pays basque. En Alsace, 16% ! Pour sortir de cette situation, il faut une politique globale, cohérente, et active de l’éducation bilingue :

  • pour les futurs enseignants, une formation spécifique dès la 1re année d’université et une incitation financière à choisir cette carrière ainsi qu’une assistance efficace en matière d’outils pédagogiques,
  • des mécanismes efficaces d’évaluation des formations, des statistiques claires sur les ressources disponibles et, au-dessus de tout, une direction déterminée et disposant d’une large compétence au niveau du territoire alsacien pour mener de manière transparente et responsable cette politique de l’enseignement de notre langue régionale.

Pour apporter une solution globale et pérenne au problème du bilinguisme en Alsace, il faut donner plus de compétences aux acteurs locaux et mieux réunir les responsabilités. C’est pourquoi, nous proposons la création par la loi, dans le cadre d’une « expérimentation », au niveau de l’Alsace, d’une « Haute Autorité décentralisée » spécialement dédiée à l’enseignement de la langue, de l’histoire et de la culture régionales, rassemblant les compétences de l’État et les contributions des collectivités territoriales, en concertation avec les représentants des parents, des enseignants et des associations travaillant à la promotion de la langue et de la culture régionales, et disposant de l’ensemble des pouvoirs nécessaires pour :

  • planifier le développement de l’enseignement,
  • organiser la formation,
  • assurer le recrutement,
  • développer les outils,
  • décider de l’ouverture des enseignements et de l’affectation des enseignants,
  • assurer le contrôle.

Cette haute autorité serait constituée d’un conseil regroupant les représentants de l’État, des collectivités territoriales, de représentants des enseignants, des parents d’élèves et des associations travaillant à la promotion de la langue et de la culture régionales.

Ce conseil disposerait d’un pouvoir de dérogation aux règles de droit commun (programmes, diplômes, etc.). Il pourrait organiser les formations appropriées. Il veillerait à la disposition des outils pédagogiques. Il aurait autorité sur les services académiques et disposerait d’un budget propre et des services appropriés.

Le directeur serait désigné conjointement par l’État et par les collectivités régionales et départementales participant au financement de cet enseignement.

Pierre Klein, président

Définition de la langue régionale adoptée par le conseil culturel d’Alsace

« La Langue Régionale d’Alsace est définie comme la langue allemande dans ses formes dialectales (communément appelées « l’alsacien » (ou « platt » en Moselle)) et dans sa forme standard (Hochdeutsch) », sans oublier les langues historiquement implantées en Alsace comme le welche, le yéniche, le manouche ou le yédisch-daïtsch. »

Définition de la langue et de la culture régionales par la fédération Alsace bilingue

« Au sens des associations membres, la langue régionale est l’allemand, à la fois sous la forme des dialectes alémaniques et franciques de la région et sous la forme de l’allemand standard.

La culture régionale est culture en Alsace. Elle trouve notamment son expression en français,  en allemand standard ou en allemand dialectal. Elle est culture bilingue constituée des cultures française, allemande et proprement alsacienne. Elle est à la fois une et diverse.

En effet, si l’on veut bien considérer que l’allemand est alsacien, comme l’alsacien est allemand, alors non seulement Weckmann est culturellement Alsacien, mais aussi Goethe qui tient ici compagnie à Molière et à Voltaire. Ce faisant, la culture alsacienne ainsi considérée ouvre aux univers culturels français et allemand, et pas qu’à eux. En même temps, elle en vit et y contribue.

La culture est à la base de l’unité de l’Alsace, en même temps que son originalité la plus tangible. Elle se caractérise essentiellement par son intensité, sa profondeur et sa pluralité. Cette dernière trouve ses origines dans les apports successifs qui, aujourd’hui, se confondent de bien des façons pour former la culture alsacienne. Aussi, l’Alsace peut-elle être décrite comme une terre d’échange et de synthèse. Les choses cependant, n’ont pas été et ne sont pas toujours simples. Les ruptures et les affrontements politiques et nationalistes, l’érosion actuelle de pans entiers de la culture alsacienne et la perte de repères qui l’accompagne ne sont pas sans créer des interrogations, des doutes et des malaises. » Extraits des Statuts

Fédération Alsace bilingue-Verband zweisprachiges Elsass

11 Rue Mittlerweg 68025 Colmar Cedex Tél. 03 89 20 46 87 Fax 03 89 20 43 79




Réunion publique sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

Strasbourg, 3 mars 2018

Réunion publique sur l’avenir institutionnel de l’Alsace

Introduction

Pierre Klein

Lorsqu’au sujet de son avenir institutionnel, l’Alsace exprime une forte demande citoyenne, elle n’inscrit cette dernière ni dans le repli sur soi ni dans le rejet de l’autre ou encore dans une dialectique riche/pauvre, meilleur/mauvais. Si elle demande à retrouver un périmètre institutionnel, elle ne le fait pas contre les autres. Elle entend le faire avec les autres et pour les autres, parce qu’elle inscrit sa démarche dans le principe de l’union dans la diversité au sein de la République.

Ce principe reste amplement à installer dans l’habitus français. L’union dans la diversité ne peut se réaliser qu’à la faveur d’un recentrage politique sur l’essentiel à savoir la primauté des principes universels de droit, de justice, de liberté et de solidarité, c’est-à-dire sur la Constitution1, qui constitue pour les citoyens un véritable capital social et un incontournable socle commun. Lorsque l’attachement à la loi fondamentale et l’allégeance à l’État de droit seront placés au-dessus de toute autre considération, il deviendra possible de libérer la culture majoritaire ou dominante de sa propension à vouloir se substituer au pacte civil et social et à installer partout la « mêmeté » et la « pareilleté ». Autrement dit, lorsque la prééminence sera donnée à la conception subjective de la nation sur celle objective. Il sera alors envisageable de reconnaître les appartenances culturelles multiples et partant l’individu dans toutes ses dimensions. Il s’agit donc non pas de se soustraire aux principes universels, mais au contraire de considérer que ceux-ci ne prendront véritablement leur sens que si les identités culturelles et les appartenances multiples ne font pas l’objet de discriminations. Il va sans dire que cela nécessitera une nouvelle éthique, un cadre institutionnel et un accompagnement pédagogique.

Les débats du Siècle des Lumières et la mise en œuvre progressive de la démocratie font apparaître deux conceptions de la formation de la volonté politique et de l’exercice du pouvoir. La première, initiée par Locke et amendée par Montesquieu, repose sur la représentation-délégation ou souveraineté nationale et sur la séparation des pouvoirs. La seconde, marquée notamment par Rousseau, se fonde sur la souveraineté inaliénable et indivisible du peuple ou souveraineté populaire et, en conséquence, sur l’identité ou la confusion des pouvoirs, rendant impossible leur partage.

Entre ces deux conceptions, la France hésitera toujours, empruntant aux deux conceptions et ne choisissant jamais vraiment, avec deux constantes, la non-séparation effective des pouvoirs, la prééminence de l’État sur la société et la représentation politique, qui trouvent notamment leur traduction dans la non-reconnaissance de véritables corps intermédiaires tels que les connaissent les démocraties qui nous environnent, la crispation sur l’homogénéité du bien commun, la mythification de l’unicité de la volonté populaire, la confusion de l’État et de la nation, l’égalitarisme ou passion de la similitude, la réduction de la vie politique et culturelle de la France à Paris… Toute l’histoire du fait français, c’est l’histoire de l’omnipotence d’un État-nation qui se nourrit des réalités et des attentes qu’il s’emploie à faire naître.

Toutes ces données se sont fortement ancrées dans la conscience et la culture politique des Français à la faveur de la construction de l’identité nationale et d’une socialisation indifférenciée, notamment scolaire, faisant naître, certes, fierté nationale et sentiment patriotique, mais aussi acceptation et reproduction du modèle. Avec le temps, ces données se sont cristallisées en traditions et en habitus.

Pour les régions, tout en gagnant la participation à une grande culture, ces données se sont aussi traduites par une certaine entropie, par un certain étouffement des initiatives et des potentialités, donc par un développement économique inférieur aux possibilités. La sous-estimation de la permanence du besoin de proximité a également contribué à l’affaiblissement du lien social et au désengagement citoyen.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France centraliste, n’envisagera jamais une véritable prise en compte du fait régional. Au contraire, elle la rendra impossible ; les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues dans le cadre de la décentralisation et de la déconcentration. Décentraliser et déconcentrer n’est pas régionaliser.

La France a perdu de vue ou n’a jamais su que la légitimation de l’État et son efficacité pouvaient aussi résulter du partage du pouvoir, de son rapprochement avec ceux qui le subissent et de la participation que ce partage génère. Pour ce faire et pour enfin lever les tutelles administratives et les incapacités juridiques qui demeurent, il faut, en amont, inscrire la diversité dans le droit. En aval, il faut réaliser l’inclusion du fait régional par la différenciation infra politique (régionalisation), en conférant aux régions un réel pouvoir et en installant une réelle responsabilité-solidarité dans la vie de la nation. Face à tous ces enjeux, une révision du modèle républicain français s’impose.

Nous appelons la France à une nouvelle gouvernance, à un renouvellement démocratique fondé sur l’acceptation de la pluralité et de la multipolarité. Les régions de France se trouvent à la croisée des chemins. Soit elles disposeront à l’avenir des pouvoirs et des moyens leur permettant de définir et de gérer ce qui leur est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elles disparaîtront dans les oubliettes de l’histoire, alignées qu’elles seraient sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque2. L’accomplissement de l’union passe par l’accomplissement de la diversité. L’accomplissement de la République passe par celui de la démocratie, qui n’existe que dans ce qu’elle lie l’un et le divers.

Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. C’est la condition d’un meilleur développement économique, d’une meilleure représentation politique et d’une réelle reconnaissance de la diversité française. C’est aussi une condition essentielle pour faire baisser le coût du mode de gouvernance à la française, du haut vers le bas. On ne sait qu’insuffisamment que la France est parmi les démocraties modernes, le pays qui a le coût de gouvernance le plus élevé. Une vraie régionalisation mettant en œuvre le principe de subsidiarité permettrait de réduire considérablement le déficit budgétaire chronique français, voire de le supprimer.

Les Régions devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Au-delà des nécessaires compétences, il s’agit aussi de donner un contour et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui reste à instituer, une métropole destinée à fédérer les pays qui la composent.

À l’ICA, tout en souhaitant à terme la création d’une Collectivité alsacienne à statut particulier, nous défendons pour l’heure, l’idée d’une fusion des départements accompagnée de transferts de compétences venant de l’État et du GE, comme condition sine qua non ! Pas de fusion sèche, donc !

Nous proposons donc la démarche suivante. Dans un premier temps les deux départements alsaciens voteraient une déclaration d’intention par laquelle chacun indiquerait qu’il est prêt à fusion si des engagements de l’État et du GE sur des compétences dépassant celles habituelles des départements sont obtenus. Dans un deuxième temps les présidents des deux CD entameraient des négociations avec l’État et le GE sur les compétences à obtenir. Troisième temps, si accord : vote solennel de la fusion des deux départements. 

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Le temps est à la démocratie. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

Si l’Alsace a subi de 1940 à 1945 un immense traumatisme et si le post-traumatisme, qui en a résulté, a mis en place le trop fameux complexe alsacien et installé durablement une crise identitaire caractérisée par un réel sentiment d’infériorité, par un antigermanisme primaire, de surcroît tourné contre soi-même et donc une certaine schizophrénie alsacienne, le temps de la résilience, n’est-il pas venu 70 ans plus tard. Celui du « Werde wer du bist », c’est-à-dire de la mise en œuvre de toutes ses capacités et propriétés, le temps de l’épanouissement. L’Alsacien a l’intuition de son histoire, si la vérité lui est dite, cette vérité le (re)construira. Il revient aussi au pouvoir politique de la dire et de la mettre en œuvre. PK©

Notes

1 C’est ce que le philosophe Jürgen Habermas appelle « Verfassungspatriotismus ».

2 Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

 




La région Alsace, une nécessité économique

Par Jean-Philippe Atzenhoffer

Il faut oublier les régions historiques, pas nos identités. Jean Rottner (DNA 28 février 2018).

L’Alsace restera toujours l’Alsace ! Voilà des propos tenus très souvent par ceux qui ne s’inquiètent pas de la suppression de la Région Alsace. Son intégration dans le Grand Est ne changerait rien à l’identité alsacienne. Après tout, la région Alsace en tant que collectivité est une invention relativement récente, sa disparition aujourd’hui n’empêcherait donc en rien de se sentir Alsacien, d’exprimer sa culture et son identité, n’est-ce pas ?

En affirmant que la dilution de la collectivité Alsace dans le Grand Est n’affecte pas l’identité et la culture, on fait l’hypothèse que les institutions n’ont pas d’incidence sur ces facteurs. Le problème, c’est que cette hypothèse est formellement démentie par les travaux académiques récents.

Interactions entre la culture et les institutions

En 2015, Alberto Alesina, économiste à Harvard, a compilé des centaines d’études scientifiques afin d’étudier les relations entre la culture et les institutions. Ces travaux montrent que la culture et les valeurs qu’elle véhicule a un impact sur les institutions et leur fonctionnement. Mais en retour, les institutions ont également un impact sur la culture et les valeurs partagées par les individus.

Par exemple, les Allemands de l’Est ayant vécu sous le régime communiste ont développé une préférence plus marquée pour l’intervention de l’Etat dans l’économie que ceux de l’Ouest. Cette différence s’estompe depuis la réunification, et devrait prendre fin dans une ou deux générations. Quant à l’Alsace, son identité s’est forgée par le ballottage entre les institutions françaises et allemandes. Si l’Alsace était restée allemande et avait le statut d’un Land allemand, sa culture ne serait évidemment pas celle que nous connaissons aujourd’hui.

En résumé, il existe une double interaction entre la culture et les institutions. Les deux co-évoluent ensemble et s’influencent réciproquement. C’est pour cela que la disparition de la Région Alsace peut être préjudiciable pour la culture alsacienne, par ailleurs déjà menacée par le déclin dramatique de la langue régionale. Le risque est d’autant plus élevé pour l’Alsace que la constitution de son identité s’est réalisée à travers les institutions comme le Conseil Souverain d’Alsace (Louis XIV), ou bien le Reichsland après 1870.

L’importance de la démocratie

Par ailleurs, un autre problème vient de la nature fondamentalement différente entre la région Alsace et la région Grand Est. L’Alsace est le fruit d’une histoire longue, qui a forgé une culture spécifique et une identité spécifique. Ce mélange de cultures française et allemande a créé un sentiment d’appartenance très fort dans le cœur de ses habitants. La région Alsace en tant que collectivité avait donc la particularité d’être associée à l’âme de l’Alsace, de représenter la volonté de partager et de construire un avenir commun.

La région Grand Est est d’une tout autre nature. Elle est le fruit d’un découpage réalisé au gré de considérations politiques, auquel ni les élus, ni les citoyens concernés n’ont été associés. En ce sens, il s’agit d’une création imposée de manière exogène, qui ne tient pas compte des aspirations démocratiques des habitants.

Or, la recherche en économie montre que les institutions qui sont choisies démocratiquement par les individus favorisent la coopération avec les politiques menées. Au contraire, lorsque les institutions sont imposées de manière exogène, le niveau de coopération chute et la défiance s’installe. Cette idée a été confirmée par une expérimentation des chercheurs Dal Bò, Foster et Putterman. Dans un article publié en 2010 dans une célèbre revue scientifique (American Economic Review), ils montrent que les individus qui participent démocratiquement aux choix des institutions adoptent un comportement bien plus coopératif avec les politiques mises en place. En revanche, lorsque les politiques sont perçues comme étant imposées de l’extérieur, la coopération s’effrite et les politiques – pourtant identiques – sont nettement moins efficaces.

Quelle que soit la pertinence de la politique menée, on sait donc que la condition démocratique est déterminante pour son succès. Le problème, c’est que le Grand Est ne répond absolument pas à cette condition. Cette région a été imposée aux habitants sans consultation des citoyens et des élus régionaux censés les représenter. Malheureusement, ce péché originel constitue une lourde erreur, qui affectera négativement l’efficacité des politiques régionales (y compris celles qui seraient pourtant pertinentes).

Reconnaître les aspirations des Alsaciens

Les régions historiques constituent un atout et une richesse pour la France. Il ne faut donc pas les oublier, mais au contraire les valoriser. Les cultures régionales et le respect de la démocratie sont des facteurs positifs de développement économique. Au lieu de heurter les identités régionales avec des grandes régions imposées d’en haut, il vaut mieux les valoriser en reconnaissant les aspirations légitimes des citoyens.

En Alsace, les sondages montrent qu’il existe une très forte attente sur la renaissance institutionnelle de la région historique. Le dernier en date, réalisé par l’IFOP en février 2018, montre aussi qu’une immense majorité (95%) des Alsaciens souhaite que la nouvelle collectivité Alsace soit dotée de la compétence économique. Cela montre que le développement économique est une préoccupation majeure des citoyens.

L’aspiration au retour institutionnel de l’Alsace doit être impérativement entendue, car ce n’est pas sur le déni de démocratie que l’on favorise le développement économique. Au contraire, c’est par la création d’une nouvelle région Alsace, à laquelle les citoyens doivent être associés, qu’on renouera avec la confiance. Or, la confiance est indispensable à l’activité économique et aux échanges. Des travaux de recherche menés en France et dans de nombreux pays montrent qu’il s’agit d’un facteur déterminant pour le développement économique.

Il est donc nécessaire de sortir à terme du Grand Est qui – par la nature même de sa création – est générateur de défiance. Mais pour ne pas répéter l’erreur de cette réforme absurde imposée en 2015, il faut associer les Alsaciens au projet de nouvelle collectivité, afin que celle-ci soit réellement créatrice de confiance, et puisse favoriser le développement économique. 




Fryslan. Le Bilinguisme Serein

Fryslan

Par Lucas Goetz

Depuis quelques mois la question des identités et langues régionales fait son retour dans l’actualité. La revendication pour la co-officialité de la langue corse se heurte à une levée de boucliers à Paris où les responsables politiques restent inflexibles face aux demandes de l‘exécutif corse. Le sujet demeure profondément clivant et idéologisé. Pourtant aux Pays-Bas la langue frisonne a obtenu en toute sérénité ce statut et cela prouve qu’une approche différente est possible.

Il ne faudra pas beaucoup de temps au voyageur arrivant en Fryslan (Friesland en néerlandais) pour saisir l’importance de la langue frisonne dans cette région au nord des Pays-Bas. Dès son arrivée, il entendra très vite cette langue plaisante, rappelant parfois l’allemand, parfois l‘anglais. La langue est visible partout; sur les panneaux de signalisation, dans les magasins et sur les affiches publicitaires. En Fryslan le bilinguisme n‘est pas un souhait mais un fait.

C‘est en 1925 que Fedde Schurer, figure marquante du mouvement frison, dit dans un entretien : « Nous sommes frisons et nous sommes appelés par les voies divines à êtres frisons et à nous comporter en tant que frisons. Notre citoyenneté est néerlandaise mais dans l’âme nous sommes indépendants. Cela s‘exprime le plus clairement par notre langue et c‘est pour cela qu‘elle occupe la première place dans notre lutte. Nous lui devons notre loyauté pendant toute notre vie ».

Ces mots furent prononcés lorsque le frison n‘avait encore aucun statut juridique. Tout bascula le 6 novembre 1951, lors du « Kneppelfreed » (Vendredi des Matraques). Suite à un article de Fedde Schurer concernant le refus d’un juge d’entendre un témoin en frison, il fut lui-même convoqué au tribunal ce qui provoqua une manifestation qui se transforma rapidement en émeute.

En réaction à l‘intervention musclée de la police, d’autres manifestations furent organisées dans la région afin de réclamer « des droits égaux pour tous, aussi pour les petits peuples ».

Comprenant rapidement que les revendications linguistiques ne portaient en elles aucun séparatisme, le gouvernement instaura deux commissions chargées d‘étudier et de faire évoluer la question linguistique en Fryslan. Deux lois, sur l‘usage du frison dans les tribunaux et dans l‘enseignement furent adoptées en 1955 et 1956 respectivement. Depuis le droit a constamment évolué, élargissant et renforçant la position institutionnelle et juridique du frison.

En 2014 le parlement néerlandais a adopté à la quasi-unanimité la « loi sur l’usage de la langue frisonne ». Elle établit que les langues officielles en Fryslan sont le frison et le néerlandais et crée un « Organe pour la langue frisonne » qui a les compétences juridiques pour protéger et promouvoir le frison. Chaque habitant de Fryslan a également le droit de s’adresser aux instances officielles et dans les tribunaux soit en frison, soit en néerlandais.

Juridiquement, la protection de la langue frisonne tombe à la fois sous la responsabilité de l‘Etat néerlandais et de la région Fryslan. La région est dotée de moyens importants pour mettre en œuvre la loi sur la langue frisonne. Par exemple, elle a développé le ‘Deltaplan Frysk’, un plan ambitieux ayant un budget de 21,3 millions d’euros pour soutenir différentes initiatives qui renforcent la langue régionale, entre autres dans le domaine de l’éducation mais aussi dans les nouvelles technologies.

L ‘attitude tolérante et volontariste des gouvernements néerlandais ne ressemble en rien à la politique des gouvernements successifs français. En France les langues régionales sont vues comme se situant en dehors de la république, de laquelle émane une identité nationale linguistiquement homogène. Aux Pays-Bas la conception de l’identité est plurielle, ou comme disait la reine Maxima lors d’un discours : « L’identité (unique) néerlandaise n‘existe pas ».

« Le frison est vu comme étant une langue qui fait partie intégrale des Pays-Bas » nous explique Sybren Posthumus, député du Fryske Nasjonale Partij (parti autonomiste) à l’assemblée régionale frisonne. « Il y a aux Pays-Bas une longue histoire de tolérance envers les minorités, notamment envers les minorités religieuses ».

Posthumus fait également référence au fameux « Poldermodel » néerlandais qui privilégie le dialogue et le compromis au lieu de la confrontation et les rapports de forces pour régler les questions sociales.

« Aux Pays-Bas on cherche toujours à prendre en compte ceux qui pensent différemment et de négocier afin de trouver un accord. Ça se passe ainsi pour les syndicats et les employeurs mais il y a toujours également eu des compromis dans la politique et pour les minorités ».

Lorsque le président de l’assemblée corse, Jean-Guy Talamoni, prononça son discours d’investiture en langue corse cela provoqua des kyrielles de mises en garde contre cette « menace pour l’unité de la République ». Pour Jean-Pierre Chevènement, la reconnaissance du Corse entraînera << un éclatement de l ‘espace national ». Christophe Barbier reprend le même ton alarmiste dans un édito lorsqu’il écrit que « Il serait tragique que les Corses… devinssent en leur pays fauteurs de troubles identitaires, voire de guerre civile ».

« On n’aborde absolument pas cette question de la même façon » dit Posthumus. « Dans notre assemblée régionale une majorité des membres parlent en frison. Cela inclut des membres de tous les partis, de tous les bords politiques. Absolument personne ne parle d’une désintégration de la nation ou de séparatisme quand quelqu’un s‘exprime en frison. Depuis 1951 le frison a acquis un certain statut et dans la politique néerlandaise il y a un large consensus autour de cette question ».

Alors qu’à Paris la crainte existe que la reconnaissance des langues et identités régionales entraînera inévitablement un rejet de l‘identité française au profit des identités locales, le contraire s’est produit en Fryslan. La reconnaissance de la langue a donné lieu à une relation apaisée entre les communautés linguistiques et a créé une situation où la population vit sereinement ses identités multiples.

Un rapport récent présenté à l’assemblée régionale indique qu’en Fryslan il n’y est plus question de « lutte des langues ». Une large majorité des frisons indique ne pas avoir une attitude négative envers la langue néerlandaise et les Pays-Bas. Tout au contraire, une grande partie des frisons a à la fois un sentiment d‘appartenance à la communauté linguistique néerlandaise et frisonne.

« De nombreuses personnes se sentent à la fois frisons et néerlandais » confirme Posthumus. « Les gens sont conscients que la région fait beaucoup pour maintenir la langue frisonne et donc ils n’y a pas de crainte que la langue va disparaître dans un avenir proche. Et il n‘y a certainement pas de sentiment de rejet envers le néerlandais, qui n ‘est pas perçu comme une menace. Tout au contraire, pour une très vaste majorité, le néerlandais fait intégralement parti de leur identité ».

Tout n’est évidemment pas parfait en Fryslan et ici aussi on assiste à un déclin (relatif) du nombre de locuteurs de la langue régionale. Le parti de Sybren Posthumus milite afin de renforcer la position du frison dans les écoles, les médias et dans l’espace public. Néanmoins il s’agit souvent d‘améliorer ce qui est déjà en place.

Ayant beaucoup voyagé en France, Sybren Posthumus est au courant des difficultés éprouvées par ceux qui défendent leurs langues régionales. Il est pourtant admiratif face à l‘énergie déployée par les militants.

« J’ai vu dans les régions françaises beaucoup d‘initiatives venant de la population ; les écoles, les événements culturels et les festivals. Je vois beaucoup de motivation et c‘est vraiment regrettable que Paris savonne la planche. En Fryslan c‘est le contraire ; le gouvernement soutient la langue mais je pense vraiment que la population devrait prendre plus d’initiatives ».

La Fryslan prouve une fois de plus que la question des langues régionales est avant tout un problème idéologique et non un problème de moyens. Les revendications des mouvements régionaux en France et du mouvement frison sont quasi identiques. La différence se trouve au niveau des Etats et de leurs conceptions de l’identité nationale. L‘Etat néerlandais n‘a jamais cherché à imposer une identité homogène à la population et a toujours accepté que les différentes identités font partie intégrale du pays.

L’Etat néerlandais et la région Fryslan forment un partenariat autour de l’objectif commun de sauvegarder et promouvoir la langue frisonne. Alors qu’en Alsace une nouvelle page institutionnelle va s’ouvrir, la Fryslan nous rappelle l’importance d’une forte institution régionale pour sauvegarder la langue régionale. Elle nous montre qu’un bilinguisme serein est possible afin que pendant de longues années encore les Frisons vont pouvoir se dire ‘Praat mar Frysk’ (parlons donc frison).




Fédération Alsace bilingue, entrevue avec la Rectrice

Compte rendu du rendez-vous chez Mme la rectrice le 8 mars 2018 : Pierre Klein – Jean-Marie Woehrling – Aurélie Leguil. Également présents : M. Guilbert (IA-IPR) et Mme Strasser (Directrice de cabinet)

Questions FAB à la Rectrice

  1. Quelles sont vos grandes orientations pour développer le vivier du bilinguisme ?
  2. Quelle est votre réaction quant à la prise de position de l’UNSA sur leur enquête ?

Réponses de la rectrice

  1. L’académie a beaucoup de chance de bénéficier d’un enseignement de la langue régionale du voisin, d’accès à l’emploi.
  2. La rectrice affirme sa volonté de proposer un service de qualité.
  3. Évolution : la rectrice exprime le souhait de développer le nombre d’élèves et de professeurs compétents (contrats de contractuels repris par le rectorat à son compte). Donc elle nous dit de relativiser les difficultés.

1 100 classes pour 25 000 élèves à la rentrée avec un professeur devant chaque élève. Le problème concerne essentiellement les remplacements.

  1. Perspective d’avenir du CALR : 5 thèmes à l’ODJ (nouvelles orientations, gouvernance de la convention, ressources humaines etc.).
  2. Le rectorat a du mal à attirer de nouvelles personnes, mais il y a des pistes.

– L’État met les moyens.

– + le Concours dédié réservé à la voie bilingue : 55 postes ouverts cette année et 35 admis (plus que l’an passé).

  1. La rectrice souligne le problème de l’attractivité : il s’agit de convaincre les professeurs d’école d’enseigner dans la voie bilingue et d’éviter le renoncement de ceux en place car enseigner en voie bilingue demande beaucoup de travail selon les dires de la rectrice (il faudrait que les enseignants puissent passer de l’un à l’autre).

La rectrice est sensible à la demande des enseignants d’avoir la totalité de la responsabilité de la classe. Elle dit que certains sont frustrés de ne pas suivre les élèves complètement. Elle dit qu’il faut être pragmatique pour avoir des ressources. La rectrice félicite M. Guilbert pour son travail de concertation et d’imagination dont il fait preuve au quotidien pour trouver des solutions. Elle dit qu’elle est plutôt heureuse de la façon dont les choses avancent.

Elle dit qu’en augmentant le nombre de besoins on augmente aussi les problèmes et qu’on pourrait tout aussi bien décider de freiner le développement du bilinguisme pour rattraper le retard. Elle réaffirme la mobilisation du rectorat des IEN / DASEN sur le terrain. Et la volonté de maintenir un service de qualité et que si 4 ou 5 classes n’ont pas de remplaçants, cela ne doit pas faire oublier les 1100 autres qui fonctionnent.

Elle nous demande de relayer ce message : à savoir on sait que ça marche dans des tas d’endroits et on veut que ça continue d’avancer, donc ne pas le dénigrer…

Nos remarques et questions

  • L’importance de la précocité d’un enseignement linguistique.
  • L’importance du principe 1 maître, 1 langue.
  • Objectif 25 % d’enfants en bilingue. Est-ce atteignable ?
  • Entretien décevant avec M. Deneken qui a dit que tout ce qui était faisable était déjà fait. Aucun changement prévu.
  • Pour que des candidats au professorat réussissent il faut une bonne préparation. Évocation du problème de la formation des futurs enseignants dans les DNL.

La rectrice va demander un état des lieux en filière de licence sur ces questions. Elle dit qu’il faut viser la bonne formation, car si on augmente trop le niveau, les étudiants mieux formés partiront à l’international et ne se dirigeront pas vers l’enseignement (munis de diplômes tri-nationaux par exemple).

  • Le problème du manque d’investissement affectif des élèves dans le cursus extensif et intensif.
  • La langue régionale doit être mise en rapport avec la culture régionale (en termes d’outils, de dispositifs pédagogiques) car cette dimension régionale est sous exploitée. Pour développer le bilinguisme il faudrait mettre cette dimension davantage en exergue. Certains inspecteurs parlent encore de l’allemand en tant que langue étrangère. La rectrice reconnait que cela lui arrive aussi.
  • Disparition de la LCR en 2016. (5000 élèves étaient inscrits).
  1. Guilbert répond que la LCR a disparu au profit de la CR (culture régionale et non plus linguistique) et est maintenue en collège sur la base du volontariat des élèves. Il dit que des 5000 du passé, il y en a 4772 actuellement. Il y a une épreuve spécifique pour le baccalauréat alsacien. Il dit que l’heure de culture régionale doit être demandée par l’établissement en lycée.

Nous répondons que les élèves ne vont pas suivre cette option qui est facultative dans un établissement qui ne propose pas l’offre. C’est une évidence. Et le problème du départ à la retraite d’enseignants LCR non remplacés a fait disparaître naturellement cette option dans les établissements où elle existait. La rectrice répond que la culture régionale est aussi intégrée dans le programme d’Histoire.

  • Le problème de l’allemand est aussi lié à l’histoire de l’Allemagne, les deux guerres mondiales qui ont marqué les élèves et la guerre froide post 1945 pour des élèves de 6 à 13 ans qui sont imprégnés de ça.

La rectrice n’est pas d’accord. Elle évoque le couple franco-allemand, l’accent mis dans les programmes d’une Allemagne en train de se reconstruire, d’une Europe au cœur des priorités etc. Nous répondons en disant qu’il existe tout de même un anti-germanisme dans l’esprit des élèves, qui sont devenus décomplexés et indifférents.

La rectrice insiste en disant qu’elle ne perçoit pas les choses comme nous. N’étant pas de la région elle n’a pas ce retour et ces constats. Elle parle du travail de mémoire effectué en terminale sur la guerre.

  • Nous faisons remarquer que la section européenne en allemand attire moins que la section européenne en anglais, ce qui prouve un attrait moindre des élèves pour cette langue.
  • Il est important de sensibiliser et d’informer les parents de primaire (CM2) par le biais du chef d’établissement de collège par exemple afin de faire la promotion du bilinguisme dans les écoles et d’en obtenir la poursuite en collège.
  • A été évoquée la nécessité de développer les mobilités et d’aller à la rencontre de l’autre (mobilité de proximité) et de prévoir davantage de partenariat et de mobilités croisées pour les professeurs d’école (Intérêt du jumelage entre écoles avec les enseignants qui se déplaceraient).
  • Présentation du projet Elsass junior magazine

La rectrice n’est pas contre mais elle ne peut soutenir des initiatives privées d’un point de vue juridique et pédagogique en termes de contenus. Elle ne veut pas non plus remettre en cause l’implication des enseignants dans des projets similaires. Nous évoquons le projet « Junge Schriftsteller » qui a eu le soutien jusqu’à l’année dernière de la DRAC et qui s’est arrêté faute de moyens de diffusion suffisants. Il s’agirait d’établir un partenariat avec l’EN. Demande est faite à M. Guilbert de nous transmettre le nombre d’établissements et d’écoles pour notre diffusion, ce qui ne lui pose pas de problème.

  • Présentation du projet de la Haute Autorité. La rectrice demande d’où nous viennent nos chiffres. Elle parle de comparer des choses comparables en termes de statistiques. Elle évoque le sujet de la gouvernance et dit qu’il existe déjà une instance institutionnelle dans laquelle nos questions doivent s’articuler : le CALR . Mais sur le principe elle est assez d’accord.
  • On évoque le Pays Basque, où il y a une meilleure cohérence entre les élus et l’éducation nationale avec 3 acteurs qui se stimulent mutuellement : le privé (confessionnel), l’associatif et l’EN. Ce n’est pas le cas en Corse (seulement 2h /semaine). Le cas des Bretons est aussi abordé.
  • La question des retraités qui souhaitent encore enseigner est rapidement abordée. M. Guilbert répond qu’il en existe qui enseignent encore.
  • Nous signalons le problème du démarrage d’une LV en collège dès la 6ème ou en 5ème dans les différences de niveaux induits entre ces deux années s’il s’agit de la même langue (à repréciser au CALR).

Fin de l’entretien la rectrice ayant un autre rendez-vous.

Aurélie Leguil




« 83 % des Alsaciens souhaitent le retour à l’Alsace. » Quelques remarques sur le sondage de février 2018

Par Vincent Goulet, docteur en sociologie.

Les sondages sont des techniques sociales qui, à la demande de leur commanditaire, cherchent à promouvoir dans l’espace public un problème collectif, proposer des mots et concepts pour l’exprimer, et souvent des solutions pour y remédier. Leur principale limite est de demander une opinion personnelle à des individus qui n’en ont pas forcément une, parce qu’ils n’ont pas réfléchi à la question posée ou parce qu’ils se la formulent en de tout autres termes. Comme l’a bien montré Pierre Bourdieu en 1972, les sondages visent souvent à construire des opinions majoritaires qui peuvent se révéler des artéfacts et qui ne correspondent pas toujours aux véritables rapports de force à l’œuvre dans la société.

Cette critique des sondages vaut aussi pour celui commandé par le Club Perspectives alsaciennes en février dernier, que nous allons ici commenter. Il est en effet étonnant de constater une si large adhésion à la récupération du statut de collectivité pour l’Alsace alors que deux ans auparavant, lors de l’intégration de l’Alsace dans la région Grand Est, cette réorganisation administrative avait suscité de nombreuses critiques et quelques pétitions sans pour autant jeter une majorité d’Alsaciens dans la rue pour défendre « leur » conseil régional. Comme tant d’autres, ce sondage montre que la prise de position devant le sondeur n’est pas du même ordre que la mobilisation sur le terrain et que « l’opinion publique » ne peut être réductible à l’addition de réponses isolées. Si les résultats de ce sondage sont encourageants pour les promoteurs d’une régionalisation qui ait du sens pour ses habitants, il reste encore à transformer la potentialité en mouvement social.

Ces précautions prises, il est utile de relever combien semble largement partagée l’aspiration à une collectivité territoriale alsacienne retrouvée, avec des compétences élargies. Entrer dans le détail des tableaux fournis par l’Ifop permet aussi de remettre en questions quelques idées reçues sur le rapport des Alsaciens avec leur identité et leur territoire.

« Le sentiment d’appartenance à l’Alsace est histoire de vieux ? »

Pour saisir le « sentiment d’appartenance à l’Alsace », la question suivante a été posée : « Vous personnellement, vous sentez-vous Alsacien ? » Cette formulation interroge d’ailleurs plutôt sur une identité, la reconnaissance dans un groupe de pair (« les Alsaciens ») que sur le sentiment d’appartenance à un territoire : on peut se sentir faire partie de l’Alsace, voire aimer cette région, sans forcément « se sentir (complètement) Alsacien », ni revendiquer une « identité alsacienne ». Ce peut être le cas de résidents alsaciens ayant un parcours migratoire ou de jeunes qui, tout en se sentant bien en Alsace, préfèrent mettre en avant d’autres facettes de leur « identité ».

La question ainsi formulée, il n’est pas surprenant de constater que l’expression d’une identité alsacienne est plus fréquemment affirmée à mesure que les personnes interrogées avancent en âge. Deux retraités sur trois se déclarent « se sentir tout à fait personnellement Alsacien ». 39 % « seulement » des 18-24 ans expriment de façon aussi déterminée leur sentiment d’identité régionale. Ce qui est déjà beaucoup : du fait même de leur position dans le cycle de vie et de l’espace des possibles qui est encore ouvert devant eux, les « jeunes » revendiquent moins volontiers une identité fixée que les personnes plus âgées. Dit autrement, il est plus difficile pour les jeunes de se définir de manière ferme, ceux-ci étant justement au début de leur construction personnelle et dans les premiers essais de l’affirmation publique de leur individualisation.

Un sondage de 2011 (Fondapol) sur le sentiment européen des Français peut donner des éléments de comparaison sur les différents rapports à l’identité en fonction de l’âge. A la question « vous personnellement, vous sentez-vous citoyen français », la tranche des 18 à 24 ans a répondu « oui, tout à fait » à 60 % tandis que la tranche des 65 ans et + a été 80 % à le faire. A cette même question, les jeunes ont plus volontiers exprimé une position plus nuancée ou prudente que les aînés : 32 % ont dit se sentir « plutôt  citoyens français » contre seulement 18 % des 65 % et plus.

Dans le sondage alsacien, on observe une même propension chez les jeunes à exprimer une appartenance relative : 27 % des 18-34 ans déclarent « plutôt se sentir Alsacien ».

En fusionnant les « Oui, tout à fait » avec les « Oui, plutôt », plus de deux tiers des 18-35 ans déclarent « se sentir Alsacien ». C’est sensiblement moins que l’ensemble de la population alsacienne (4 sur 5)  mais c’est toutefois une proportion élevée pour cette classe d’âge.

La jeunesse apparaît néanmoins particulièrement divisée sur cette question de « l’identité alsacienne » : un « 18-24 ans » sur cinq et un « 25-34 ans » sur quatre expriment un fort rejet du sentiment d’appartenance à l’Alsace. Sentiment durable ou passager ? Comme dans toute enquête ponctuelle, il est difficile de faire la part entre l’effet de la classe d’âge et celui de la génération. Les jeunes d’Alsace vont-ils en vieillissant cultiver d’autres formes d’attachement que celle de « l’identité alsacienne » ou vont-ils progressivement s’ancrer dans un sentiment régional ? Comme l’a écrit l’ethnologue Sylvie Sagnes, « après tout, être de quelque part, n’est-ce pas essentiellement une affaire de patience ? ».

« La défense de l’Alsace concerne d’abord les ruraux ? »

L’Alsace est une région densément peuplée. Au total, 93 habitants sur 100 résident dans un espace à dominante urbaine (pour une moyenne métropolitaine d’environ 80 – source INSEE chiffre 2011). Ainsi nombre de communes rurales (où vivent 21,6 % des Alsaciens) et de petites unités urbaines (où vivent 26 % des Alsaciens) ne sont pas isolées et sont de fait sous l’influence d’une agglomération. La plus grande, Strasbourg, compte environ 800 000 habitants soit 42 % de la population alsacienne. Les 3 autres grandes agglomérations alsaciennes (Mulhouse, Colmar et Saint-Louis cette dernière étant dans l’orbite de Bâle) regroupent quant à elles 26 % de la population. Ainsi, l’Alsace compte peu d’ « authentiques ruraux » et si les villages alsaciens sont nombreux, ils ne ressemblent guère à  l’imagerie véhiculée par Hansi au début du XXème siècle mais plutôt à des zones péri-urbaines.

Le sondage IFOP a posé la question « êtes-vous favorable à ce que l’Alsace renaisse et retrouve un statut de collectivité territoriale ? » 83 % de l’ensemble des Alsaciens avait répondu « Oui » (53 % « Oui, tout à fait » et 29 % « Oui, plutôt »). Ces chiffres font que l’on retrouve de possibles partisans du retour de l’Alsace (ou à l’Alsace) partout. Quand on étudie en détail la variable « taille de l’unité urbaine » (qui, comme on l’a dit, ne correspond toujours pas à un espace réellement vécu), on peut effectivement observer « sur le papier » une plus faible proportion de convaincus à l’idée du retour à une collectivité alsacienne dans les aires urbaines de plus de 100 000 habitants que dans les petites aires urbaines ou communes rurales (49 % contre 60 %). Cependant, il serait incorrect d’établir l’équation « grande ville » = « réticence d’un retour à une collectivité alsacienne » : c’est bien dans les grandes agglomérations que l’on trouve le tiers de l’ensemble des Alsaciens qui sont « tout à fait favorables au retour à une collectivité alsacienne » et elles ne comptent dans leurs murs que 10 % d’habitants « tout à fait opposés » à cette idée, soit seulement 3,8 % du total des Alsaciens.

« Ceux qui veulent sortir de la région Grand Est sont de droite ? »

L’élection présidentielle de 2017 a une nouvelle fois montré l’ancrage à droite de l’Alsace : au premier tour, on a décompté 26 % des suffrages exprimés pour Marine Le Pen, 22 % pour François Fillon, plus de 6 % pour Nicolas Dupont-Aignan. Emmanuel Macron a recueilli 21 % des voix, Jean-Luc Mélenchon près de 15 % et Benoît Hamon 5 %.

Mais ce n’est pas parce que l’Alsace est majoritairement à droite que le désir du retour à une « région Alsace » est de droite. Seuls les électeurs de Benoît Hamon sont majoritairement opposés à la « sortie du Grand Est » (à 53 %), mais en prenant en compte les abstentionnistes, ils ne représentent qu’environ 2 % des Alsaciens. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont à 61 % favorables à la sortie du Grand Est. L’idée d’un retour à la région Alsace est donc aussi une idée d’une gauche qui reste attachée à « l’autodétermination des peuples ». Les électeurs d’Emmanuel Macron, « ni droite ni gauche », sont partagés de manière égale entre « rester » dans le Grand Est ou en sortir, on peut retrouver dans cet électorat la sensibilité socialiste technocrate et jacobine qui a fait défaut à Benoît Hamon.

Les électeurs de Marine Le Pen sont quatre sur cinq à vouloir sortir du Grand Est. Pourtant le Front National, centralisateur et nationaliste, avait appelé à voter « non » au référendum du 7 avril sur la collectivité unique et le régionalisme est à l’opposé de la ligne idéologique du parti de Marine Le Pen. Le vote FN, s’il a incontestablement une dimension xénophobe, sentiment que l’on doit hélas admettre comme largement répandu dans la région, a aussi une dimension protestataire beaucoup plus diffuse. Ainsi, les électeurs de Marine Le Pen en 2017 sont proportionnellement les plus nombreux à éprouver de la « colère » suite à la disparition de la région Alsace (près d’un sur deux pour une moyenne générale de 29 %).

« Le retour à l’Alsace est une forme de populisme régionaliste ? »

Que cela soit à la question du sentiment d’appartenance à l’Alsace ou à celle du retour à une collectivité territoriale spécifique, la catégorie socio-professionnelle n’est pas une variable explicative. Les ouvriers se sentent « Alsaciens » dans la même proportion que les cadres (74 %) et plus encore se sentent Alsaciens les employés et professions intermédiaires (respectivement 78 et 81 %). Toutes les PCS sont plus de 85 % à vouloir le retour d’une « région Alsace », sauf les cadres qui y sont favorables dans une moindre proportion (74 %). Mais chez ces derniers, le socle des « tout à fait convaincus » est le même que pour les autres catégories professionnelles (autour de 55 %). Les professions intermédiaires sont en revanche moins déterminées. Ces deux PCS, qui ont souvent un lien plus fort avec l’appareil d’État centralisé, restent néanmoins très majoritairement favorables à la récupération du statut de collectivité territoriale et souhaitent autant que les autres la « sortie du Grand Est ».

De l’opinion personnelle à l’action collective

Répondre à un sondage est souvent une façon d’exprimer son mécontentement sans que les raisons sous-jacentes aux prises de position soient homogènes. Comme on l’a dit en préalable, la protestation exprimée par les répondants de ce sondage ne saurait être confondue avec une opinion commune et partagée, bien constituée et facilement mobilisable. On devrait d’ailleurs dire « les protestations », qui sans doute s’expriment sur des registres et à des niveaux différents selon les répondants. Néanmoins la question des institutions révèle un profond malaise que la reconquête d’une forme d’autogestion régionale pourrait sans doute contribuer à atténuer. Marqués par une relation forte à l’Europe, les Alsaciens n’en revendiquent pas moins une certaine maîtrise sur leur propre destinée. Dans cet écart entre différentes formes d’attachement se déploie toute la richesse de l’identité alsacienne. Refuser une approche technocratique des territoires et redonner des responsabilités à la population peut être le moyen de conjurer le repli sur soi-même dont on ne cesse d’accuser les Alsaciens en leur donnant les outils pour construire, par eux-mêmes et en bonne intelligence avec tous leurs voisins, leur avenir.




Sondage IFOP : les alsaciens à 83% pour le retour à une collectivité Alsace

À la demande des clubs de réflexion – Club Perspectives Alsaciennes, Initiative Citoyenne Alsacienne, Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle et Alsace Région d’Europe – , l’Institut de sondage IFOP a réalisé une grande enquête d’opinion sur plusieurs questions concernant l’avenir de l’Alsace, deux ans après son intégration dans le Grand Est. Ce sondage a été largement repris par la presse écrite et audiovisuelle le 20 février.

Ce sondage, aux questions claires et précises, révèle qu’une large majorité des habitants de l’Alsace est hostile au Grand Est (dont seuls 8-10% en sont satisfaits) et qu’une écrasante majorité souhaite la création d’une collectivité territoriale à statut différencié fusionnant les deux départements du Rhin et dotée de compétences propres importantes (économie, enseignement, culture).

Les principaux messages à destination de l’État et des responsables politiques sont les suivants :

  • malgré l’intense campagne promotionnelle en faveur de la réforme territoriale de 2015, le Grand Est reste mal aimé et rejeté par les Alsaciens ; ils contestent que la disparition de l’Alsace « institutionnelle » soit un avantage pour eux.
  • la mise en place d’une nouvelle entité politique alsacienne est plébiscitée par 83% de la population
  • le maintien des départements (même au niveau « administratif ») n’a aucun sens : 74% seraient favorables à leur fusion dans une entité alsacienne unique
  • face à une large majorité qui veut « plus et mieux d’Alsace », peu de sondés (à peine 1 sur 10) considèrent que la région Grand Est présente un intérêt pour l’Alsace
  • enfin, il n’y a quasiment pas d’écart de résultats entre habitants du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin.

Les conclusions qu’il faut en tirer sont évidentes :

  • toute « solution » à la crise qui imposerait un maintien au sein du Grand Est serait très en-deçà des attentes d’une majorité de la population ; il s’agit donc d’un enjeu démocratique majeur
  • la création d’une collectivité unifiée est une revendication incontestable ; elle pourrait être validée par référendum (lors des élections européennes de 2019 ?)
  • les pouvoirs attribués à cette collectivité intégrée ne doivent pas aboutir à une « Alsace croupion » ; un « compromis » négocié au sein de la seule « classe politique » sera perçu comme un « ersatz » ou un « alibi »
  • la « sanction » menace les partis politiques (nationaux) qui refuseraient de faire droit aux demandes claires, massives et légitimes de l’opinion (le potentiel d’un vote de « protestation/sanction » concerne plus de la moitié de la population sondée).

Devant le résultat de cette enquête, les responsables politiques élus et le représentant de l’État ne peuvent ignorer les propositions des clubs de réflexion qui ont initié ce sondage, ni omettre de faire participer leurs membres aux travaux à venir pour reconstituer une Alsace institutionnelle investie des compétences revendiquées par ses habitants.




Des crèches en langue bretonne, un exemple pour l’Alsace Divskouarn

ICA EJ Gregor Mazo 3 12-2017Du breton dès le biberon

Par Gregor Mazo, directeur – Les journées du Bilinguisme, 9 décembre 2017 à Gerstheim

À la journée du DIVSKOUARN, c’est l’association pour la promotion et le développement de la langue bretonne avant la scolarisation. Information, formation, force de proposition, animation de réseau, lieu de ressource, accompagnement, promotion : voici les actions de l’association qui travaille partout où se trouvent les enfants de 0 à 3 ans : auprès de familles, dans les lieux d’accueil petite enfance, dans le secteur des assistant(e)s maternel(le)s.

L’association Divskouarn est née le 5 Novembre 2005.

Avant la création officielle de Divskouarn, il existait déjà des expériences liant la langue bretonne et la petite enfance. La première initiative en ce sens (que nous connaissions) eût lieu à la crèche de Landerneau, où fut embauchée une personne notamment pour sa connaissance du breton, en 1998.

Au début des années 2000, plusieurs crèches se sont mises à proposer du breton au sein de leur établissement, comme à Gouesnou, Lannilis, Plouguerneau ou encore Lesneven.

Un collectif s’est formé autour de ces crèches, « Brezhoneg er vagouri« . Le but de ce groupe était de proposer des rencontres inter-crèches afin de mutualiser les expériences, d’aborder les questions spécifiques liées à l’utilisation du breton dans les établissements.

À la suite de l’attribution du Prix régional de l’Avenir du breton à l’association « Enfantillages » (crèche de Gouesnou), de nombreux parents se sont manifestés, mais il n’y avait pas de place pour tout le monde. Un premier réseau de personnes intéressées s’est donc créé, réseau qui s’est rapidement rapproché de « Brezhoneg er vagouri ».

L’idée de créer un outil, un organe référence capable de soutenir les initiatives en faveur du breton et de la petite enfance, et de les fédérer, a été l’étape suivante, qui a abouti à la création de l’association Divskouarn.

Aujourd’hui le travail de Divskouarn fait qu’environ 1700 enfants bénéficient de breton dans l’accueil des jeunes enfants dans 55 structures et 12 regroupements d’assistantes maternelles. Les projets vont de la sensibilisation par intervention extérieure jusqu’à l’immersion dans certaines crèches.




Course pour la langue bretonne “Ar Redadeg”, un exemple pour l’Alsace

Bec’h dezhi ! En avant !

Par Katelin al Lann – Les journées du Bilinguisme, 9 décembre 2017 à Gerstheim – Tous nos remerciements aux organisateurs et à Pierre Klein en particulier pour l’intérêt qu’il porte à notre projet et son invitation à le partager avec vous tous aujourd’hui.

Notre projet est né il y a maintenant 10 ans, il avait germé bien longtemps avant, inspiré par la Korrika, la course pour la langue basque, elle-même créée en 1980. Il est resté en latence quelques années avant de pouvoir naître réellement en 2008, à l’occasion des 30 ans des écoles Diwan (écoles associatives qui dispensent un enseignement par immersion en langue bretonne).

Nous avons voulu créer en Bretagne un événement fédérateur, jeune, festif et solidaire autour et pour la langue bretonne. Notre langue est en grande difficulté, avec une décroissance régulière des locuteurs natifs, un manque de transmission familiale, un déficit de visibilité et d’usage social. Au-delà de la revendication politique légitime de son maintien, de son existence et de son enseignement, nous pensions nécessaire d’avoir un événement populaire qui rassemble et relie les gens entre eux, restaure une image parfois dégradée de la langue, la modernise et redynamise voire galvanise les locuteurs et tous ceux qui aujourd’hui agissent pour la transmission du breton.

La Redadeg est une course-relais organisée tous les deux ans. En 2018 elle parcourra la Bretagne sur 1800 km, soit 9 jours et 8 nuits sans arrêt. Les porteurs de témoin financent leur kilomètre et le bénéfice est redistribué pour moitié à Diwan et pour moitié à des nouveaux projets pour la langue bretonne. Par ailleurs la course est ouverte à tous et libre d’accès, chacun peut accompagner les porteurs de témoin autant qu’il souhaite… ou le peut !

L’esprit de la Redadeg est celui d’un militantisme actif, dynamique et joyeux ; l’enjeu est de susciter une mobilisation qui amène à se sentir acteur sur cette question du maintien de la langue et libre d’avancer dans cette direction… Car quand une langue est menacée la première condition de sa survie est que les habitants du territoire où elle est historiquement implantée désirent se la réapproprier et l’utilisent.

La course-relais est chargée de symbolique : le témoin passé de km en km porte un message en breton lu à l’arrivée, il représente la transmission de la langue bretonne entre tous, et plus particulièrement entre les générations et sur l’ensemble du territoire breton (y compris Nantes et la Loire-Atlantique).

La course ne s’arrête pas, de jour comme de nuit, car il y a urgence à transmettre la langue. Le financement est participatif, une manière de se prendre en charge sans attendre une aide extérieure.

L’événement touche et réunit de manière transversale les familles, les associations, les entreprises, les politiques, les institutions… L’ensemble de la société civile… Enfin le(s) kilomètre(s) parcouru(s) par chacun symbolise(nt) l’effort à fournir pour atteindre le but.

La langue bretonne est présente sur la course et de diverses manières : les animateurs soutiennent et accompagnent les coureurs avec slogans et chansons, on parle breton lors des accueils, des festivités, des spectacles qui jalonnent le parcours, on le lit et on l’entend sur les divers supports de communication, des interviews télé ou radio, des clips, des journaux en breton… Cela contribue ainsi à donner de la visibilité à la langue, à la sortie de l’école ou de la famille.

L’événement suscite aussi, notamment chez les jeunes, des initiatives et des créations très libres, des lipdups, flash-mobs, selfies, clips qui nous sont envoyés spontanément et que nous rediffusons sur les réseaux sociaux.

La mobilisation de chacun aide au financement des écoles et de nouveaux projets. Les porteurs de témoin financent leur kilomètre 100, 200 ou 600 €, seuls ou en groupe. La course a connu une croissance continue, passant de 600 km sur 4 jours en 2008 à 1800 km sur 8 jours en 2018. Depuis le début en 2008 (5 Redadeg) nous avons pu reverser 513 000 € et créer deux emplois salariés à temps plein. En 2018 il est prévu de redistribuer 134 000 €.

La Redadeg est aujourd’hui devenue incontournable, elle est très attendue et rassemble chaque année des milliers de personnes sur tout le territoire de la Bretagne (B5). Elle a trouvé également des répliques, en Irlande (Rith) et au Pays de Galles (Ras) où, comme nous, les cousins celtes se sont inspirés de l’initiative basque et de la nôtre pour créer leur propre modèle.

Entièrement née du bénévolat, l’association cherche maintenant à pérenniser son action et à consolider son organisation en constituant peu à peu une équipe professionnelle, notamment autour de la communication, du développement et de la recherche de mécénat. Mais le cœur de l’événement, sa force et sa vitalité s’appuient toujours sur l’énergie, la spontanéité, l’envie de participer des centaines de bénévoles qui collaborent à son organisation.

En 2018 nous fêterons nos dix ans … Et nous nous prenons à rêver d’un événement «international» qui mettrait en valeur et réunirait les courses pour les langues dites minoritaires … tous, au même moment, en différents lieux,… les moyens de communication et de retransmission modernes le permettraient … la Korrika, la Redadeg, la Rhit, la Ras, mais aussi la Correllengua Catalane, la Correlingua Galicienne…

Et la course Alsacienne bientôt ? Chez nous on dit Bec’h dezhi !
En avant !




Les chiffres de l’Alsace

Document N°1 26 janvier 2018 – APR Association de Prospective Rhénane

Par l’Association de prospective rhénane – Ce premier numéro de notre nouvelle série consacrée à la diffusion de données statistiques sur l’Alsace est aussi une occasion de saluer la coopération que l’APR a engagée avec Maurice Baslé, Professeur à l’Université de Rennes (1), pour exploiter les possibilités d’un bel instrument de traitement et de diffusion statistique qu’il a développé: la plateforme Finloc. Cette dernière est issue d’un projet de la Chaire Connaissance et action territoriale financée par la Fondation Université Bretagne Sud, dont le titulaire est Maurice Baslé.

Cette base de données est un excellent exemple d’utilisation de l’open data des administrations publiques nationales pour mettre l’information statistique publique en forme lisible et la diffuser auprès des acteurs des territoires, des chercheurs et du grand public intéressé. En l’occurrence il s’agit des données budgétaires des collectivités recueillies par la DGFIP du Ministère de l’économie et des finances. Finloc est une base qui peut être interrogée à distance, en accord avec ses opérateurs. Elle fournit à la demande de l’utilisateur des données et ratios concernant les comptes des collectivités, le tout sous une forme cartographique particulièrement parlante et commode d’utilisation.

À titre d’exemple, nous donnons dans les quatre cartes suivantes des indicateurs budgétaires particulièrement intéressants dans le domaine des investissements publics et de leur financement. Il s’agit de données pour l’instant provisoires, qui demandent à être confirmées et mises en contexte par les collectivités elles-mêmes. Ce travail collaboratif a déjà été réalisé en Bretagne. Quelques autres régions ont aussi accepté le travail de validation, dont l’Île de France. Nous espérons que l’Alsace (et pourquoi pas le Grand Est) sauront aussi s’intéresser à cette co-construction d’un outil d’analyse territorialisé original et performant. Tous les niveaux géographiques peuvent être concernés : de la commune à la région.

Pour l’instant les chiffres de l’Alsace exploités dans les cartes qui suivent sont donnés au niveau des EPCI à fiscalité propre. Elles font apparaître visuellement quelques intéressants patterns. Notre objectif dans ce premier numéro n’est pas de proposer des commentaires et analyses approfondies. Cependant, en guise d’appel à débattre, nous pouvons faire les remarques très générales suivantes :

– la première carte montre la concentration des dépenses d’équipement autour de Strasbourg et du sud du Haut-Rhin

– la seconde confirme le trait en considérant l’effort d’investissement par habitant, avec cependant des configurations différentes dans le Haut-Rhin et le massif vosgien.

– la troisième est très éclairante en termes de politique d’aménagement, dans la mesure où elle indique le taux de subvention (la part des investissements qui sont financés par subvention). On peut observer que les territoires périphériques ne sont pas oubliés. Une observation de ce type avait déjà été soulignée par Maurice Baslé dans le cas de la Bretagne lors de sa conférence du 6 novembre 2017 à l’APR.

– la quatrième carte indique le total des actifs immobilisés par habitant. Cette variable stock montre d’importantes différences territoriales, en particulier la concentration des actifs sur les deux-tiers sud du Bas-Rhin.

fig.1

1. Dépenses d’équipement par habitant
2013-2016

fig.2

2. Subventions d’investissement par habitant
2013-2016

fig.3

3. Taux de subvention
(subventions d’investissement perçues/dépenses d’équipement)
2013-2016

fig.4

4. Actifs immobilisés par habitant
2013-2016

Source : Chiffres DGSI, traitement Finloc. Chaire Connaissance et action territoriale, Maurice Baslé. http://www.univ-ubs.fr/fr/universite-bretagne-sud/l-ubs-en-bref/fondation-chaires/la-chaire-act-ter-connaissance-et-action-territoriale.html

Remarque :

Les EPCI regroupés par Finloc incluent la communauté d’agglomération de Sarreguemines car une des communes de son périmètre est alsacienne (Siltzheim).




Schick, s’ìsch chic Elsasserditsch z’reda !

SchickLogoCréation du groupement « Schick‘ Süd-Elsàss Culture et Bilinguisme »,

Antenne locale de l’Association Culture et bilinguisme- René Schickele Gesellschaft

Par Patrick Hell, Coordinateur mulhousien de Schick’ Süd-Elsàss Culture et Bilinguisme, info@assoschick.alsace – En ce début d’année 2018, s’est créée à Mulhouse une « antenne » sud-alsacienne de l’association René Schickele, qui porte le nom symboliquement bilingue de « Schick‘ Süd-Elsàss Culture et Bilinguisme ». Autant de références à l’association faitière, « Culture et Bilinguisme/ René Schickele Gesellschaft », qui a son siège à Strasbourg ; Schick’ étant à la fois une ellipse de « Schickele» et la volonté d’affirmer le caractère désormais résolument « chic » de la valorisation et de la promotion du bilinguisme et des cultures d’Alsace.

Der Schickele-Kreis wurde 1968 ins Leben gerufen, einem Zeitpunkt, als die Erosionserscheinungen der Sprachkenntnisse in der Region bereits alarmierende Ausmaße erreicht hatten. Er setzt sich, im Geiste des bedeutenden Schriftstellers, dessen Namen er trägt, für eine Politik zugunsten eines zweisprachigen Elsass ein, das von der Präsenz sowohl des Französischen als auch der Regionalsprache (Deutsch bzw. die alemannischen und fränkischen Dialekte) geprägt ist.

Dans cette démarche, notre association reste fidèle à une définition de la langue régionale d’Alsace qui associe l’allemand standard et les dialectes de la région, comme les deux faces de la même pièce linguistique. Pour exprimer cette vision large, elle a pris le nom de René Schickele, citoyen français et deutscher Dichter, un homme dont la vie et l’œuvre expriment l’ouverture vers les deux mondes culturels français et allemand, une ambition de qualité, un esprit progressiste et le dépassement de toute forme de nationalisme dans une perspective européenne et humaniste.

La maîtrise des deux langues consubstantielles à l’Alsace, le français et l’allemand sous ses formes dialectales et standard, constitue pour ses habitants, quelle que soit leur origine, la clé d’accès aux cultures dont elles sont les réceptacles, et corrélativement un levier privilégié d’intégration et d’épanouissement personnel et professionnel dans la région transfrontalière bilingue du Rhin Supérieur, associant l’Alsace, le Pays de Bade et la Suisse du Nord-Ouest.

Fìr d’ Züakunft vu unserer Gegend, ìsch ‘s bsunderscht wìchtig,  àss jeder Mìtbarger Züagàng züa ihra Sprocha bsetzt, sowia züa ìhra Gschìchta un Kültürerb. L’enjeu est de faire en sorte qu’il redevienne chic de parler aussi bien Elsasserditsch, Hochdeutsch que français en Alsace, tout en élevant la langue à ce qu’elle peut exprimer de meilleur.

« Schick’ Süd-Elsàss Culture et Bilinguisme », tout en affirmant sa personnalité, affiche l’ambition de s’inscrire dans une véritable dynamique partenariale avec toutes autres initiatives qui poursuivent les mêmes objectifs. Dans cet esprit, notre groupement proposera diverses manifestations, telles qu’un cycle de conférences, sur des thématiques ayant trait, au sens large du terme, à l’Alsace, ses cultures, ses langues, son avenir.

Schick’ Süd-Elsàss s’articule autour d’une équipe dynamique et ouverte, composée de personnes d’horizons et de sensibilités très diverses, que vous retrouverez sur le site internet de l’association.

http://assoschick.alsace/

Site internet qui vous permettra également de vous informer sur les objectifs et actions de l’association.