Course pour la langue bretonne “Ar Redadeg”, un exemple pour l’Alsace

Bec’h dezhi ! En avant !

Par Katelin al Lann – Les journées du Bilinguisme, 9 décembre 2017 à Gerstheim – Tous nos remerciements aux organisateurs et à Pierre Klein en particulier pour l’intérêt qu’il porte à notre projet et son invitation à le partager avec vous tous aujourd’hui.

Notre projet est né il y a maintenant 10 ans, il avait germé bien longtemps avant, inspiré par la Korrika, la course pour la langue basque, elle-même créée en 1980. Il est resté en latence quelques années avant de pouvoir naître réellement en 2008, à l’occasion des 30 ans des écoles Diwan (écoles associatives qui dispensent un enseignement par immersion en langue bretonne).

Nous avons voulu créer en Bretagne un événement fédérateur, jeune, festif et solidaire autour et pour la langue bretonne. Notre langue est en grande difficulté, avec une décroissance régulière des locuteurs natifs, un manque de transmission familiale, un déficit de visibilité et d’usage social. Au-delà de la revendication politique légitime de son maintien, de son existence et de son enseignement, nous pensions nécessaire d’avoir un événement populaire qui rassemble et relie les gens entre eux, restaure une image parfois dégradée de la langue, la modernise et redynamise voire galvanise les locuteurs et tous ceux qui aujourd’hui agissent pour la transmission du breton.

La Redadeg est une course-relais organisée tous les deux ans. En 2018 elle parcourra la Bretagne sur 1800 km, soit 9 jours et 8 nuits sans arrêt. Les porteurs de témoin financent leur kilomètre et le bénéfice est redistribué pour moitié à Diwan et pour moitié à des nouveaux projets pour la langue bretonne. Par ailleurs la course est ouverte à tous et libre d’accès, chacun peut accompagner les porteurs de témoin autant qu’il souhaite… ou le peut !

L’esprit de la Redadeg est celui d’un militantisme actif, dynamique et joyeux ; l’enjeu est de susciter une mobilisation qui amène à se sentir acteur sur cette question du maintien de la langue et libre d’avancer dans cette direction… Car quand une langue est menacée la première condition de sa survie est que les habitants du territoire où elle est historiquement implantée désirent se la réapproprier et l’utilisent.

La course-relais est chargée de symbolique : le témoin passé de km en km porte un message en breton lu à l’arrivée, il représente la transmission de la langue bretonne entre tous, et plus particulièrement entre les générations et sur l’ensemble du territoire breton (y compris Nantes et la Loire-Atlantique).

La course ne s’arrête pas, de jour comme de nuit, car il y a urgence à transmettre la langue. Le financement est participatif, une manière de se prendre en charge sans attendre une aide extérieure.

L’événement touche et réunit de manière transversale les familles, les associations, les entreprises, les politiques, les institutions… L’ensemble de la société civile… Enfin le(s) kilomètre(s) parcouru(s) par chacun symbolise(nt) l’effort à fournir pour atteindre le but.

La langue bretonne est présente sur la course et de diverses manières : les animateurs soutiennent et accompagnent les coureurs avec slogans et chansons, on parle breton lors des accueils, des festivités, des spectacles qui jalonnent le parcours, on le lit et on l’entend sur les divers supports de communication, des interviews télé ou radio, des clips, des journaux en breton… Cela contribue ainsi à donner de la visibilité à la langue, à la sortie de l’école ou de la famille.

L’événement suscite aussi, notamment chez les jeunes, des initiatives et des créations très libres, des lipdups, flash-mobs, selfies, clips qui nous sont envoyés spontanément et que nous rediffusons sur les réseaux sociaux.

La mobilisation de chacun aide au financement des écoles et de nouveaux projets. Les porteurs de témoin financent leur kilomètre 100, 200 ou 600 €, seuls ou en groupe. La course a connu une croissance continue, passant de 600 km sur 4 jours en 2008 à 1800 km sur 8 jours en 2018. Depuis le début en 2008 (5 Redadeg) nous avons pu reverser 513 000 € et créer deux emplois salariés à temps plein. En 2018 il est prévu de redistribuer 134 000 €.

La Redadeg est aujourd’hui devenue incontournable, elle est très attendue et rassemble chaque année des milliers de personnes sur tout le territoire de la Bretagne (B5). Elle a trouvé également des répliques, en Irlande (Rith) et au Pays de Galles (Ras) où, comme nous, les cousins celtes se sont inspirés de l’initiative basque et de la nôtre pour créer leur propre modèle.

Entièrement née du bénévolat, l’association cherche maintenant à pérenniser son action et à consolider son organisation en constituant peu à peu une équipe professionnelle, notamment autour de la communication, du développement et de la recherche de mécénat. Mais le cœur de l’événement, sa force et sa vitalité s’appuient toujours sur l’énergie, la spontanéité, l’envie de participer des centaines de bénévoles qui collaborent à son organisation.

En 2018 nous fêterons nos dix ans … Et nous nous prenons à rêver d’un événement «international» qui mettrait en valeur et réunirait les courses pour les langues dites minoritaires … tous, au même moment, en différents lieux,… les moyens de communication et de retransmission modernes le permettraient … la Korrika, la Redadeg, la Rhit, la Ras, mais aussi la Correllengua Catalane, la Correlingua Galicienne…

Et la course Alsacienne bientôt ? Chez nous on dit Bec’h dezhi !
En avant !