Entre maillage et détricotage !

(Par Claude Froehlicher) – ELTERN Alsace. C’est à bas bruit que se mettent en place depuis quelques mois de nouveaux principes dans le cadre de l’enseignement bilingue en Alsace, qui ne laissent pas de nous inquiéter.

Alors que les décideurs -rectorat, Éducation nationale- assurent travailler d’arrache-pied pour garantir un meilleur « maillage » de l’offre bilingue en Alsace, créer et renforcer des pôles bilingues puissants, le nombre d’ouverture de nouveaux sites bilingues en maternelle est quasiment au point mort cette année et certaines actions font plus penser à un détricotage qu’à un maillage !

Engluée dans son incapacité à attirer, former et motiver des enseignants germanophones en nombre et qualité suffisants pour répondre à l’attente de plus en plus forte et large des familles, l’institution n’hésite pas à envisager des mesures pédagogiquement extrêmement dommageables : ainsi, prévoir l’ouverture des sites bilingues à partir de la moyenne section de maternelle (et non plus de la petite section) foule au pied le principe fondamental de précocité d’exposition à la langue, reconnu comme essentiel par tous les linguistes pour un apprentissage aisé d’une ou plusieurs langues.

Un autre pilier de l’enseignement bilingue est menacé : pour les écoliers, et plus particulièrement les plus petits, il est très important d’avoir un référent adulte pour chaque langue ; un maître ou une maîtresse parlant français, un autre maître ou une autre maîtresse parlant allemand. Or les enseignants souhaitant aujourd’hui se lancer dans l’enseignement bilingue sont autorisés, en tout laxisme, par leur hiérarchie à enseigner le français et l’allemand dans leur classe. Non seulement c’est un non-sens pédagogique, mais en plus on gaspille ainsi les compétences germanophones qu’on a par ailleurs tellement de difficultés à recruter !

Et voici que la Dotation Horaire Globale (DHG) en « heures bilingues » des collèges bilingues vient d’être amputée arbitrairement de 10 à 20 % -selon les établissements-, sans information préalable, sans concertation et surtout, sans raison… La justification avancée aux principaux des collèges laisse pantois : il faut diminuer la DHG des collèges ayant déjà une filière bilingue pour « donner » ces heures aux collèges qui ouvrent une section bilingue ! Oui, vous avez bien compris : enlever 1 ou 2 heures d’enseignement en allemand dans le Sundgau doit permettre de les ajouter par miracle dans le Nord de l’Alsace. Je sais que la mode est aux hologrammes, mais le terme kafkaïen paraît plus adapté… On déshabille Pierre mais Paul reste nu !

Décidément, nous voilà habillés pour la prochaine rentrée, et confortés dans l’idée que nous devons plus que jamais rester vigilants et mobilisés pour ne pas y perdre notre chemise !

Claude Froehlicher, Président d’ELTERN Alsace