Il y a 60 ans, quand l’Alsace rêvait des « États-Unis » d’Europe !

(Par Alain Howiller) – Seuls les incorrigibles optimistes peuvent penser que l’Europe se porte bien. L’Europe est, pour ainsi, dire, au point mort… à moins que l’élection de Donald Trump et les conséquences qu’elle peut avoir sur les relations transatlantiques ne la réveille enfin !

Il est loin le temps où Charles Kupchan, Professeur de relations internationales de l’Université de Georgetown (Washington DC) lançait : « L’érosion de l’idéal européen est préoccupante, même pour les Etats-Unis… L’Union européenne est à l’agonie… L’Europe a besoin d’une nouvelle génération de dirigeants capables de redonner vie à un projet qui menace de rendre son dernier souffle… »

Une nouvelle génération ou une menace suffisamment forte pour que nos dirigeants retrouvent leurs esprits et acceptent de renoncer à cette part de  souveraineté à laquelle, ils s’accrochent et qu’il est  pourtant indispensable de sacrifier pour notre avenir commun. J’y pense d’autant plus ces jours-ci qu’un anniversaire oublié de la plupart de nos concitoyens vient nous rappeler un moment où l’histoire locale a rejoint… l’histoire européenne !

3.000 personnes mobilisées dans un hall!

Peut-être n’est-il pas inutile de se souvenir de ce que l’Alsace – et Strasbourg en particulier- ont vécu au mois de novembre 1957 : il y aura bientôt 6O ans! Le 17 novembre 1957, à 15 heures, au Wacken, dans l’un des halls de la Foire Européenne, plus de 3.000 personnes se sont retrouvées pour soutenir l’idée un référendum populaire en faveur de la… création des « Etats-Unis d’Europe ».

Il s’agissait pour, le « Congrès du Peuple Européen », le mouvement organisateur de la manifestation, de préparer le référendum qu’il avait organisé dans plusieurs villes d’Europe (à Milan, Francfort-sur-le-Main, Dusseldorf, Turin, Anvers, Maastricht, Lyon, Strasbourg et… Genève !). Il s’agissait de demander aux Strasbourgeois -notamment-, mais aussi aux électeurs de 54 autres communes alsaciennes, d’adopter, dans le cadre de ce référendum privé, une proclamation affirmant :

« Je me déclare partisan de la création des États-Unis d’Europe par une assemblée constituante élue au suffrage universel. Je désigne les personnes suivantes pour me représenter au premier Congrès du Peuple Européen »

Le nouveau  » serment de Strasbourg « !

Celui-ci devait avoir lieu le 7 décembre 1957 -à Turin- et les délégués alsaciens choisis – dans le cadre du référendum – sur une liste de quarante noms, devaient y assister. Le référendum, organisé par les militants du « Congrès du Peuple Européen » et du « Mouvement Fédéraliste Européen », avec peu de moyens, mais avec beaucoup d’enthousiasme, avait été lancé par cette rencontre au Wacken.

Les participants, debout, y adoptèrent le « nouveau Serment de Strasbourg » : « Nous n’aurons plus désormais ni trêve ni repos avant que ne soit réunie une assemblée constituante européenne élue au suffrage universel ».

Et la rencontre de se conclure sur l’Ode à la joie de la 9ème symphonie de Beethoven, qui deviendra par la suite hymne officiel européen, à l’initiative, de Pierre Pflimlin, devenu Président du Parlement Européen.

26.000 Alsaciens pour les États-Unis d’Europe !

Le référendum eut un succès d’estime et en Alsace près de 26.000 citoyens se rendirent aux urnes pour souscrire à la déclaration.

Dans un ultime effort pour mobiliser, le professeur de droit Michel Mouskhely, l’un des responsables de la manifestation, avait lancé : « Si la population strasbourgeoise vote en masse en faveur des Etats-Unis d’Europe, alors les hommes d’Etat trouveront dans cet appui populaire la force qui leur est nécessaire pour nous conduire au haut de la route qu’ils ont choisi… Si elle s’abstient, alors l’unification européenne sera retardée de vingt ans, c’est-à- dire qu’elle sera remise sine die, car nous n’avons plus vingt ans à perdre… »

À Turin sur les traces de Garibaldi !

« En route vers les Etats-Unis d’Europe » sera le slogan du Congrès du peuple européen qui se réunira le 7 décembre, dans l’élégant et somptueux Palais Carignano, à Turin, là même où, un siècle plus tôt Garibaldi avait proclamé l’unité italienne !

Quelques mois après le drame algérien suivi de la politique de la chaise vide menée par la France mettaient l’idée des Etats-Unis d’Europe entre parenthèses. Elle ne s’est jamais réellement réalisée depuis et lorsqu’il y a quelques mois, Ursula von der Leyen avait évoqué l’objectif des Etats-Unis d’Europe, elle s’était fait vertement rappeler à l’ordre par… Angela Merkel!

Il y a près de 60 ans, ils n’étaient pas rares, ceux qui y croyaient. C’était hier. L’idée est-elle définitivement perdue ? AH