Je reste

Ernest WINSTEIN – « Vous n’aimez pas la Lorraine », me lance mon interlocuteur.

Je n’ai pas d’antipathies pour la Lorraine, ni ne me sens d’affinités particulières.

Monsieur, je trouve l’attitude des Alsaciens particulièrement chauvine. Une mesure médiane Alsace Lorraine me paraît de nature à équilibrer le territoire.

Fin du débat.

J’aime les régions de France. En particulier celles qui ont du caractère et dont l’identité n’est pas totalement laminée (celle de l’Alsace est en bonne voie de l’être).

D’ailleurs, je me sens un peu adopté par la Bretagne, où j’aime revenir assez souvent.

J’aime la Bourgogne et d’y retrouver les témoins riche d’un passé historique, et d’une architecture religieuse bien trempée. Et tant d’autres régions, même si j’ai l’impression que leur « âme » s’est envolée…

Non, je ne me sens pas du tout chauvin. J’ai toujours considéré mon identité comme une force et une invitation à l’ouverture et la rencontre de l’autre, en particulier si l’autre est différent de moi culturellement parlant. La conscience que j’ai de mon identité me libère pour le dialogue avec l’autre, et m’invite à respecter son identité propre. De même une Alsace qui ne renie pas son identité mais la porte comme un bien précieux, y puisera la force d’ouverture dans ses rapports avec les régions voisines, voire des pays plus éloignés. Quelqu’un qui est fier de son identité ne se replie pas sur lui-même. Il va chercher à découvrir la richesse de l’identité de l’autre. J’ai eu la chance, en vertu de mon fond linguistique, du temps de mes études, de travailler comme guide-interprète franco-allemand, et mon identité liée à mon bagage linguistique m’a précisément permis de vivre de multiples rencontres et découvertes,- alors que nos jeunes d’aujourd’hui, sauf exception, ne sont même plus capables de déchiffrer un acte de naissance de leurs aïeux.

Si j’avais 20 ans, je n’hésiterais pas de m’expatrier. D’ailleurs, j’ai failli le faire à 40. Aujourd’hui, je fais ce que je peux faire pour ma région : contribuer un tant soit peu à la sauvegarde de ce qui reste de son fonds culturel propre. Si cela peut aider quelques jeunes à se ré-approprier ce fond culturel, je ne regretterai pas d’être resté.