L’Alsace 2017 : c’est maintenant ou jamais !

(Par Alain Howiller)Sur les murs du « Printemps de Prague », écrasé, en 1968, par les troupes du Pacte de Varsovie, un humoriste désespéré avait peint ce slogan devenu célèbre : « Lénine réveille-toi : ils sont devenus fous ! ». Ce n’est certainement pas la perspective du centenaire de la révolution bolchevique qui me rappelle cet épisode, mais bien plutôt l’envie de voir les dirigeants alsaciens se réveiller pour retrouver face à l’avenir sur les bords du Rhin, de ce fameux « consensus alsacien » que l’affrontement entre les hommes et l’idéologie ont, semble-t-il, fait voler en « éclat ».

Non hier ce n’était pas mieux, mais le « consensus », toutes divisions politiques dépassées, n’a-t-il pas permis de a reconstruire l’Alsace de l’après-guerre, n’a-t-il pas permis, au-delà de divergences réelles, de créer le « Comité d’Etudes pour l’Economie Alsacienne » ? N’a-t-il pas permis de reconvertir – du textile au pétrole – l’industrie alsacienne ? N’a-t-il pas permis de créer – un temps trop court – « l’Association pour le Développement et l’Industrialisation de l’Alsace » (ADIRA) qui a failli atterrir à… Colmar ?

Un sigle, un slogan et un engagement visionnaire !

Ce sigle, pourtant, ne doit pas tromper : il  n’a pas grand-chose à voir avec cette appellation reprise depuis par une association autour de laquelle les collectivités alsaciennes se déchirent actuellement ! On avait réussi à investir dans une Maison de l’Alsace qui symbolisait l’unité assumée d’une Alsace quoi faisait envie : la  Maison a failli disparaître dans la désunion avant, finalement d’être sauvée grâce à l’engagement d’un groupe d’entrepreneurs redevenus…. visionnaires ! Comme le dit ce slogan publicitaire : « C’était avant ! »

C’était avant : avant qu’on essaye de culpabiliser l’Alsace et que, parce qu’elle voulait continuer à être ce qu’elle est, on ne l’accuse de cultiver une sorte d’irrédentisme identitaire qui serait nourri par une forme -à peine subtile- d’extrémisme droitier, de « néo-nazisme » voire (!) d’autonomisme venus du fond des âges ! Du coup, en réaction, l’Alsace s’est voulue moderne, contemporaine, engagée (mais dans quoi au juste ?) Elle s’est déchirée sur elle-même, ses forces se sont affrontées, divisées pour gagner un poste, une présidence, une mairie, un poste gouvernemental, « Waje de Bändele » aurait dit Germain Muller !

Marcel Rudloff avait dit et… Germain aussi!

Dans ses « Mémoires pour Demain », Marcel Rudloff avait relevé : « Nous passons notre temps à affirmer notre spécificité : il  n’est pas tellement étonnant dans ce contexte que, du moins à mon sens, nous ayons quelque difficulté à nous faite entendre à Paris et à nous faire admettre comme « personnalité nationale française ! » Mais là encore : c’était avant ! Avant qu’à travers une réforme territoriale contestée la banalisation ne se mette en marche ! Que ceux qui, par leurs calculs de carrière et leurs « egos » surdimensionnés exprimés à travers l’échec d’une fusion qui aurait pu tout sauver, réfléchissent à la manière dont les dégâts d’hier pourraient encore dégager des pistes pour demain.

Le dernier carrefour

Dans le grand débat qu’annonce 2017 avec les élections présidentielles et législatives se dessine sans doute le dernier carrefour où l’Alsace peut avancer les exigences qui préserveraient sa spécificité. C’est maintenant ou (plus)  jamais. Cela veut dire aussi que les acteurs de ces élections devront avoir à cœur de poser des exigences, de poser les rails sur la manière dont on entend pérenniser (et sous quelle forme) nos spécificités !

Pour finir : un poème pour demain!

À moins que tout simplement (et sans trop le dire !) la majorité décide qu’une page est tournée ! … Le peuple a toujours raison et, on le sait depuis cet échange acerbe entre le député Hetzel et Manuel Valls – (mais il  y a un « peuple corse » a-t-on appris depuis !) – : il n’y a pas d … peuple alsacien ! Et puisque tout, ici, peut se conclure sans citer Germain Muller, je terminerai avec cette dernière citation, pour la route :

« Hoch drum s’Elsass unser Ländel
Es isch trotzdem hit noch schöen!
Alli hewe’s fescht am Bändel,
S’losst’s meineidig kenner gehn! »