Les Alsaciens sont-ils ces Gaulois rhénans incorrigibles ?

Billet d’humeur

Combien de manifestations régionalistes, de publications et d’articles ? Combien d’engagements politiques trahis ? Pourquoi une si inutile discorde entretenue entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin (départements créés par le jacobinisme) ?

Jacques Schmitt

Pourquoi l’absence d’un réel combat politique pour l’Alsace ? Oui, j’ose dire que c’est du vent que toutes ces agitations actuelles puisque qu’aucun discours n’est tenu à la population, qu’aucune démarche réelle n’est proposée.

Et, nous Alsaciens, nous serions sensés croire à toutes ces formes de bousculades politiciennes .

En avril 2013, nos politiques ont recueilli le suffrage de leur propre incapacité à poursuivre la construction de et l’ALSACE. Pire, ils l’ont subconsciemment cassé comme un jouet dont ils ne savaient plus que faire.

Ils ont accepté le Grand Est et les places.

Ils ont perdu le droit de parler en son nom à notre place, mais nous n’avons rien abandonné de notre sentiment alsacien et de notre identité.

Bien, chacun a honte à sa manière de ne plus voir exister une collectivité régionale que nous avions su reconstruire avec la régionalisation et des mouvements comme « Initiatives alsaciennes » et beaucoup d’autres dans les années 80.

Nous étions fiers de notre région ALSACE comme les autres régions diverses de notre pays de la leur.

Et puis les « jacobins » ont décidé de tout repenser et nous n’avons que peu bougé.

Grand Est, quel malheur ! Quelle inexistence culturelle et historique.

Aujourd’hui, ce premier billet est juste provocateur, il est fait pour vous secouer car nous sommes plongés dans une forme de fatalisme et de défaitisme incompréhensible.

Nous avons l’Europe à notre porte et nous la vivons comme personne, nous sommes le pont de l’entente franco-allemande et nous ne serions pas l’ALSACE, la Décapole, la République de Strasbourg et l’humanisme rhénan.

Alors qui sommes-nous encore ?

Quelques villages triboques, francs et alamans… ou véritablement des Alsaciens du 21ème siècle prêts à montrer que leur « modèle » régional est réel, dynamique et singulier dans ce qu’il apporte à la République française et à l’Union européenne ?

Grandissons et soyons nous-mêmes, sans excitation ravageuse et sans crainte.

Nous devons reprendre notre route ensemble. La renaissance de la région ALSACE est récente. Beaucoup de nos élus de terrain l’ont porté avec la population depuis les années 80. Adrien ZELLER l’a faite rayonnée.

Nous n’avons jamais participé à la création d’un espace creux car il ne correspond à rien pour nous.

Alors, redevenons simplement l’ALSACE !

Si vous le voulez.

En fait, aucun obstacle réel n’existe, nous nous cachons derrière de fausses disputes qui cachent mal notre lâcheté individuelle et collective alors que nous sommes si conscients de ce qui est au quotidien notre identité




Ces racines qu’on coupe

Ernest Winstein – Chroniqueur – Face à mon interlocuteur, je manifeste un certain enthousiasme à voir en Autriche et en Suisse nombre de jeunes musiciens exprimer leur engouement pour la musique de type traditionnel (folkorique, comme dirons certains) qui permet par exemple aux organisateurs d’un festival comme « Woodstock der Blasmusik » (le woodstock des instrumentistes à vent) de faire jouer ensemble plus de 8000 musiciens, pour l’essentiel des jeunes. Et de constater l’apparition de nombreuses créations contemporaines qui, souvent, demandent une formation instrumentale de très haut niveau. Je n’en suis qu’à ma troisième phrase que mon interlocuteur me parle du repli identitaire autrichien et du succès de la droite extrême…

  • Curieux, ce rapprochement..
  • Non, non, je ne voulais pas dire que ces jeunes amateurs étaient des extrémistes…

Ouf, je vais pouvoir continuer à admirer les jeunes amateurs de musique traditionnelle, sans mauvaise conscience, face au politiquement correct. Mais quand même…

Et mon esprit vagabonde. Je pense à la vieille dame bretonne qui s’était juré dans sa jeunesse de ne plus prononcer un seul mot en breton parce qu’elle s’était fait infliger un châtiment corporel pour avoir laissé échapper un mot dans sa langue. Je pense à l’ami qui a découvert dans une grande librairie allemande une publication de chants traditionnels de la région de Nantes–sa région, où il n’a jamais rien trouvé de semblable. Je pense au Limousin, où des acteurs économiques regrettent la déperdition de ce qui faisait la particularité, donc la beauté, l’attractivité, la richesse d’une région aujourd’hui engloutie dans un ensemble tout aussi ubuesque que le Grand-Est, la Nouvelle Aquitaine, qui concentre les administrations à Bordeaux, à 300 km (cette région limousine connaissait une activité florissante du temps… gaulois, puis romain, à en croire l’archéologie).

Et je pense à nos jeunes Alsaciens qui sont déracinés de notre fond linguistique au point de ne même plus être capables de lire les déclarations de naissance de leurs grands-parents et arrière-grands-parents.

Oui, cette double culture que nous souhaitions pour notre région est quasiment réduite à néant, situation dramatique à laquelle seules des décisions politiques volontaires et immédiates peuvent remédier. Un relèvement qui pourrait s’appuyer sur des bouts de racines encore existants ?

Il ne suffit pas de dire qu’on est pour le bilinguisme, tout en ne faisant rien. Vous avez coupé assez de racines, messieurs les centralisateurs. Sans vous rendre compte de la vitalité dont vous avez privé cette nation que les régions avaient pourtant contribué à construire pour en faire une république.




Gardons la tête froide… et n’ayons pas peur

Patrick KINTZ – « Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la Vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre. » Vous aurez reconnu la phrase introductive du manifeste du parti communiste publié en 1848 par l’auteur bien connu…

Ces derniers jours, les événements de Catalogne ont remué bien des esprits, y compris hors d’Espagne. Les médias nous ont tenu informés heure par heure. L’étonnement, la sidération et pour beaucoup la consternation ont pris les devants au point de me faire penser, mutatis mutandis, à l’avènement d’un nouveau spectre.

Nous avons appris et intégré que le référendum souhaité par les indépendantistes était illégal. Madrid l’a dit. Les journalistes l’ont répété. Les experts l’ont confirmé. Il serait hasardeux de prétendre le contraire.

Pourtant, le pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté le 16 décembre 1966 par l’assemblée générale de l’ONU expose dans son article premier le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs richesses et ressources naturelles.

Bavardage de juristes, d’idéalistes égarés dans le « machin » comme le disait un président de la Ve République ? L’Espagne a pourtant ratifié ce texte le 27 avril 1977 (la France a attendu le 4 novembre 1980, nous n’avons donc pas de leçon à donner…).

Mais dira-t-on, les Catalans ne sont pas un peuple ! Et c’est juridiquement vrai : il n’y a pas de définition « légale » du peuple.

Et si c’était une nation ? On citera les mots fameux d’Ernest Renan dans sa conférence à la Sorbonne en 1882 : « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours… Une nation est une âme, un principe spirituel… »

Tout cela nous rappelle de grands débats passés qui peuvent resurgir tellement le terrain est chargé d’émotions.

Je me garderais bien de trancher. Je botte (sans courage ?) en touche : il appartient aux Espagnols de trouver une solution à la seule condition qu’elle soit pacifique…

Pour autant fallait-il que les responsables politiques des autres pays apportent un soutien à leurs homologues madrilènes. Même Bruxelles a mis son grain de sel sur la plaie… Les Catalans sont sommés de se soumettre sous peine d’être mis au banc de l’Europe… j’allais écrire des nations !

Sait-on que le parti conservateur espagnol a fait capoter il y a quelques années une réforme, adoptée par les Cortes, mais annulée par une juridiction saisie par Madrid, qui aurait donné des pouvoirs supplémentaires à la Catalogne ? D’où le dépit de Barcelone.

Et puis, on ne peut s’empêcher de comparer la situation avec le Québec et l’Écosse. Pour saluer le respect du droit au Canada et en Grande-Bretagne. On connaît les résultats des référendums qui y ont été librement organisés.

Mais Madrid avait vraisemblablement peur du résultat. Sans doute à tort. Aux dernières élections en Catalogne, les indépendantistes n’atteignaient pas la majorité absolue.

Les responsables au pouvoir dans nos pays craignent la contagion… Flandre, « Padanie » (Italie), Kurdistan…

Ces difficultés ne sont pas nouvelles : les traités qui ont suivi la Première Guerre mondiale n’ont pas toujours permis aux « minorités » issues des empires déchus de s’organiser en État. Les colonisateurs du 19e siècle ont tracé des frontières arbitraires en Afrique.

Des États nouveaux sont nés parfois dans la douleur (Kosovo), parfois pacifiquement (République Tchèque et Slovaque) et le monde ne s’est pas écroulé.

Petite question subsidiaire : que va faire la France en 2018 ? Un référendum en Nouvelle-Calédonie ? Certains résidents (pas les anciens) seraient d’avis de trouver une solution amiable, sensée, raisonnable… ( !) pour éviter après tout le recours au vote, toujours aléatoire !

Une mission exploratrice a été confiée à Manuel Valls, un Catalan d’origine, mais pas un indépendantiste…




Je reste

Ernest WINSTEIN – « Vous n’aimez pas la Lorraine », me lance mon interlocuteur.

Je n’ai pas d’antipathies pour la Lorraine, ni ne me sens d’affinités particulières.

Monsieur, je trouve l’attitude des Alsaciens particulièrement chauvine. Une mesure médiane Alsace Lorraine me paraît de nature à équilibrer le territoire.

Fin du débat.

J’aime les régions de France. En particulier celles qui ont du caractère et dont l’identité n’est pas totalement laminée (celle de l’Alsace est en bonne voie de l’être).

D’ailleurs, je me sens un peu adopté par la Bretagne, où j’aime revenir assez souvent.

J’aime la Bourgogne et d’y retrouver les témoins riche d’un passé historique, et d’une architecture religieuse bien trempée. Et tant d’autres régions, même si j’ai l’impression que leur « âme » s’est envolée…

Non, je ne me sens pas du tout chauvin. J’ai toujours considéré mon identité comme une force et une invitation à l’ouverture et la rencontre de l’autre, en particulier si l’autre est différent de moi culturellement parlant. La conscience que j’ai de mon identité me libère pour le dialogue avec l’autre, et m’invite à respecter son identité propre. De même une Alsace qui ne renie pas son identité mais la porte comme un bien précieux, y puisera la force d’ouverture dans ses rapports avec les régions voisines, voire des pays plus éloignés. Quelqu’un qui est fier de son identité ne se replie pas sur lui-même. Il va chercher à découvrir la richesse de l’identité de l’autre. J’ai eu la chance, en vertu de mon fond linguistique, du temps de mes études, de travailler comme guide-interprète franco-allemand, et mon identité liée à mon bagage linguistique m’a précisément permis de vivre de multiples rencontres et découvertes,- alors que nos jeunes d’aujourd’hui, sauf exception, ne sont même plus capables de déchiffrer un acte de naissance de leurs aïeux.

Si j’avais 20 ans, je n’hésiterais pas de m’expatrier. D’ailleurs, j’ai failli le faire à 40. Aujourd’hui, je fais ce que je peux faire pour ma région : contribuer un tant soit peu à la sauvegarde de ce qui reste de son fonds culturel propre. Si cela peut aider quelques jeunes à se ré-approprier ce fond culturel, je ne regretterai pas d’être resté.




Vous avez dit « alsacianitude » ?

Ernest WINSTEIN
Chroniqueur

Ce qui, de l’autre côté de l’Île-de-France, s’exprime sans ambages, –et devient même une valeur autour de laquelle le monde bobo sait s’extasier, la « celtitude », ne saurait trouver un parallélisme dans votre bouche, sans que vous ne risquiez de vous voir catalogué de rétrograde, pire, de pangermaniste, si l’on ne soupçonne pas une allégeance hitlérienne.

Car, il est vrai, il s’agirait chez nous de « germanitude ». Ou, pour réduire les risques de vous voir exposés à des propos lance-flammes, l’« alémanitude ». Vous ajouterez peut-être la « francitude ». Mais çà, vous le ferez tout pianissimo, car vous risquez encore plus gros, puisque vous touchez, du point de vue philologique et historique, à la « francitude ». Et comme, au vu de toutes les talonnades subies à travers l’histoire, nous peinons à déclarer trop fort nos pensées profondes, nous oserons tout de même citer Germain Muller, qui, dans une de ses diatribes devenues célèbres, demandait, perfide, « Sin mir kenn Franzose?  » et d’ajouter, en faisant semblant de se retenir, « Mir sin Franzose g’sinn vor de Parisser » –nous étions français avant les Parisiens. Car, faut-il le rappeler, le royaume de France avait bien commencé en Île-de-France, l’île des Francs !

Voici une définition intéressante de la celtitude. Elle pourra nous fournir matière pour cerner le concept d’alsacianitude, si nous en avons l’aplomb. Nous la trouvons sous la plume de A.H. dans les DNA du… 25 juillet 2004 (sic) : « Lien culturel, lien au-delà des siècles entre des populations se réclamant d’une origine commune de l’Irlande à la Galice, de la Bretagne, l’Écosse ou au Pays de Galles », et AH en a oublié. « Enfermement » ? Allons voir comment des Tyroliens d’Innsbruck, par exemple, ou du sud (Südtirol), ou de l’est (Osttirol) célèbrent les richesses de leur culture et de leurs territoires. De quoi avoir honte de la pauvreté de ce qui nous reste de nos racines…

Et, si vous circulez de l’autre côté de l’Île-de-France, allez donc voir la Grande Parade des Nations Celtes, au Festival Interceltique de Lorient. Vous verrez à la vigueur que tant de jeunes manifestent autour de leur celtitude tout le bonheur que celle-ci leur procure.

Note : Voir aussi l’album « Bretonne » de Nolwenn Leroy. 600 000 exemplaires ont été vendus en 2011, l’année même de sa sortie.